Un pléonasme

C’est afin d’éviter le massacre des innocents perpétré par Hérode, que la Sainte famille fuit en Égypte, on retrouve ce passage uniquement dans l’évangile de Saint Matthieu. Ce massacre fait écho à celui des enfants mâles décidé par le pharaon ( exode 2 1-10 ) et c’est ainsi que le Christ « sauveur » est identifié à Moïse1 à l’époque de Nicolas Poussin.

Dans la tradition chrétienne Moïse2 signifie « sauvé des eaux » et en cela « Moïse sauvé » constitue un pléonasme. Le terme mis en exergue est donc « sauvé » que l’on retrouve dans le mot « sauveur » quand il est question du Christ. En latin « sauvé , hors de péril » se dit SALVI au génitif singulier. De la même façon que le tableau relatif à l’ordination mettait en évidence les lettres LAV dans le mot CLAVI ( clé ), les tableaux relatifs à « Moïse sauvé des eaux » mettent en évidence ces mêmes lettres sous la forme ALV dans le mot SALVI .

Si dans le tableau « Moïse exposé sur les eaux » ( et non sauvé ) on peut observer deux toitures côte à côte qui reprennent bien les formes arquée et triangulaire, on ne retrouve pas la succession ( I m ) caractéristique des autres tableaux . Cependant on peut constater la présence d’un arc qui nous le verrons bientôt, est une évocation particulièrement mise en évidence dans la série de tableaux relatifs à « Moïse sauvé des eaux ».

DE LUMINE ET COLORE

Cette inscription fut rajoutée tardivement sur la version Berlinoise et c’est pour cette raison qu’elle fut masquée lors de la restauration, mais elle est bien présente depuis la création du tableau dans la version Gimpel .Monsieur de Chantelou s’y intéressa et selon lui, Monsieur Cerisiers dit avoir vu un livre écrit par Monsieur Poussin traitant de la lumière et des ombres, des couleurs et des proportions. Il contacta Jean Dughet pour en savoir un peu plus. Voici ce que ce dernier lui répondit:

« Vous m’écrivez que M. Cerisiers vous a dit avoir vu un livre fait par M. Poussin, lequel traite de la lumière et des ombres, des couleurs et des proportions il n’y a rien de vrai dans tout cela. Cependant il est constant que j’ai entre les mains certains manuscrits qui traitent des lumières et des ombres mais ils ne sont pas de M. Poussin, ce sont des passages extraits par moi, d’après son ordre, d’un ouvrage original que le cardinal Barberini possède dans sa bibliothèque ; l’auteur de cet ouvrage est le père Matteo4, maître de perspective du Dominiquin, et il y a bien des années que M. Poussin m’en fit copier une bonne partie avant que nous allassions à Paris, comme il me fit copier aussi quelques règles de Vitellione ; voilà ce qui a fait croire à beaucoup de personnes que M. Poussin en était l’auteur. »

Monsieur Cerisiers n’aurait-il pas simplement vu cette inscription sur la tranche du livre tenu par le maître sur l’un des auto-portraits ?

On retrouve bien l’inscription DE LVMINE ET COLORE sur la gravure réalisée pour Cerisier par Jean Pesne ;

Cette inscription sera reprise et modifiée dans une gravure de l’auto-portrait de Poussin ( Nicolo PVSSINO en italien) sous la forme « DE LVM ET VMB(RA) » faite par Clouet5 et qui se trouve dans le livre de Bellori6 édité en 1672.

Cette gravure très intéressante est une synthèse des deux versions d’auto-portraits où l’on peut retrouver l’inscription sur la tranche du livre et les festons des versions Londonienne et Berlinoise, ainsi que « le livre fermé par un lien»( symbole du secret ) et les tableaux d’arrière-plan de la version du Louvre. Il est très probable qu’elle fut réalisée à l’époque où les deux versions se trouvaient dans l’atelier de Poussin en Italie. On peut alors penser qu’un Nicolas Poussin soucieux de l’image que l’on pouvait donner de lui ( voir lettre à Chantelou du 16 août 1648 ) ait eu son mot à dire sur ce que Clouet pouvait faire et avec quels détails il devait le représenter.

Quelle que soit la représentation, c’est bien le mot LVMINE ( lumière, symbole de la connaissance) qui est mis en valeur, qu’il soit associé avec COLORE ou VMBRE. Il présente lui aussi la particularité de proposer les lettres qui expliquent l’énigme : L=I associé avec V ils forment IVI soit M, avec N qui les rassemble. Ce n’est qu’une interprétation, mais on peut remarquer la fréquence importante de ces lettres évoquées dans les différents tableaux.

Arca

L’Arche de Noé et la caisse dans laquelle Yokébed expose Moïse sur le Nil viennent de l’hébreu tevah. L’Arche d’alliance que l’on retrouvera successivement dans le tabernacle de l’exode puis le Saint des saints du Temple de Jérusalem vient de l’hébreu arôn. Les deux termes hébreux ont été traduits dans la Vulgate par un terme latin unique arca signifiant notamment coffre, mais aussi sarcophage, cercueil. On retrouve l’allusion à l’arche dans les différentes versions de  Moïse sauvé des eaux. C’est une arche de pierre en haut à gauche dans la version de 1638 et c’est un bateau « arqué » dans les versions de 1651 et 1647 . Dans cette dernière ( celle dont Nicolas Poussin fera référence dans l’autoportrait de Chantelou en représentant une princesse égyptienne vers laquelle deux bras se tendent), un objet très particulier a été peint en bas à gauche du tableau, il s’agit d’un sistre7.

C’est un instrument de musique ancien composé d’un arc. Il fut utilisé par les Égyptiens mais aussi par les Hébreux. Ainsi on peut lire dans Samuel chapitre 6 :

2S 6:5- David et toute la maison d’Israël dansaient devant Yahvé de toutes leurs forces, en chantant au son des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales.

Mais il faut préciser dans quel contexte fut utilisé cet instrument et il suffit alors de lire la ligne juste au-dessus …

2S 6:4- Uzza marchait à côté de l’arche de Dieu et Ahyo marchait devant elle.

Le texte complet nous dit :

2S 6:1- David rassembla encore toute l’élite d’Israël, trente mille hommes.

2S 6:2- S’étant mis en route, David et toute l’armée qui l’accompagnait partirent pour Baala de Juda, afin de faire monter de là l’arche de Dieu, qui porte le nom de Yahvé Sabaot, siégeant sur les chérubins.

2S 6:3- On chargea l’arche de Dieu sur un chariot neuf et on l’emporta de la maison d’Abinadab, qui est sur la colline. Uzza et Ahyo, les fils d’Abinadab, conduisaient le chariot.

Pour terminer … Faut-il préciser que le mot arca se retrouve en partie dans « la phrase » ET IN ARCADIA EGO ?

CONCLUSION

L’étude des trois autoportraits nous a permis de découvrir d’autres tableaux de Nicolas Poussin présentant des similitudes : l’ordination2 et les trois versions de Moïse sauvé  des eaux .

Les références aux lettres LAV et à l’arche y sont nombreuses.

LVL Celtique de l’abbé Boudet ( LA VRAIE LANGUE CELTIQUE8 ) propose les mêmes similitudes. Les erreurs ( page 38,170, 316,376,399 ) portent sur les mêmes lettres, et la référence à l’arche d’alliance y est prépondérante.

Il faut rappeler qu’une grande majorité des mots proposés par l’abbé découlent du verbe to LAY  ( LVL page 75 ), lui-même composé des mêmes lettres ( LAV = LAY ).C’est peut-être le hasard qui fera que l’on retrouvera en page 292 la clé (clay ) associée à to ease ( ize,isele verbe anglais qui permet de définir Moïse ( page 70 ) dans la définition de Gléizole .
Mais la méthode de l’abbé est de décliner phonétiquement les mots (LVL dévoilée ) et l’on comprend alors qu’il ait choisi des synonymes de allée , tel que to allay et aleth qui sont des dérivés de LAY pour nous expliquer la clé IVI, car si l’on traduit la phrase latine ET IN ARCADIA EGO IVI on obtient : Moi aussi je suis allé en Arcadie.

Nous savons que אל « EL » signifie « Dieu » en Hébreux ( aleph avec un tséré ) mais il faut aussi préciser que אל  est une préposition qui signifie « vers », préposition qui indique une direction ( aleph avec un ségol ) . On comprend alors que Nicolas Poussin ait voulu donner des postures particulières aux personnages dans le tableau des Bergers d’Arcadie car il voulait nous monter le palindrome לא/\\אל ( séparé par des vav ou lettre V dont l’écriture se résume au tracé d’un bâton ) qui signifie à la fois les sept négations présentes dans les dix commandements ( לא veut dire « non », c’est le mot le plus utilisé de cette langue ), le mot « Dieu » et le mot « vers » indiquant l’idée du déplacement que l’on trouve dans le verbe « aller ».   

(1) Poussin et Dieu  ( Poussin et Moïse )  page 6/50

(2) En réalité le terme exact utilisé dans l’exode est « retiré » ( משהMSH, Mosheh ou Moshé en hébreux ;Exode 2-10 « Quia de aqua tuli eum. » en latin) ,mais actuellement cette interprétation est remise en question. Le nom Moïse serait d’origine égyptienne et dériverait du mot « enfanter ».

(3) Lettre Dughet à Chantelou  page 728

(4) Mattéo Zaccolini était un fervent admirateur de Léonard de Vinci . Selon le premier biographe de Zaccolini, Cassiano dal Pozzo , la première version du manuscrit a été écrite en script miroir qui, comme le contenu du manuscrit, a révélé l’influence des écrits de Léonard. Il est surtout connu pour un traité en quatre volumes, écrit 1618–1622, sur la théorie de la peinture avec des titres: De Colori , Prospettiva del Colore , Prospettiva lineale et Della Descrittione dell’Ombre prodotte da corpi opachi rettilinei . Ces travaux, bien que n’étant pas en circulation générale, lui ont valu une renommée parmi les cercles éclectiques à Rome. En 1666, l’historien et camarade Théatine Giuseppe Silos décrit Zaccolini comme l’un des « génies de notre ordre et des hommes les plus admirables de son âge ». Bellori l’a décrit comme un maître de la perspective et de l’optique, et comme ayant enseigné à Domenichino , Gagliardi , Circignani et Cavaliere d’Arpino entre autres.

(5) Albertus Clouwet (variations de nom: Albertus Clouet, Albert Clowet, Aubert Clouwet, Haubertus Clouwet, Albertus Cluet, surnom Zandzak) (1636, Anvers – 1679, Naples ), était un graveur flamand qui avait une carrière réussie en Italie.

(6) BelloriVite de’ pittori, scultori e architecti moderni  page 421/481 

(7) Sistre

(8) LA VRAIE LANGUE CELTIQUE

 

Analyse des inscriptions

Il faut d’abord comprendre qu’en ce qui concerne les autoportraits, il ne sera pas question d’expliquer à nouveau la solution de l’énigme, mais de faire en sorte que là où le « profane » verra une allégorie, « l’initié » trouvera la confirmation de ce qu’il fallait trouver. Vous verrez que si l’on accepte l’existence de la clé IVI, alors tout devient cohérent.

* Les inscriptions

Paris

EFFIGIES NICOLAI POVSSINI ANDEL

YENSIS PICTORIS . ANNO ÆTATIS. 56

ROMÆ ANNO IVBILEI

1650 .

Berlin

NICOLAVS POVSSINVS ANDELYENSIS ACADEMICVS ROMANVS PRIMVS

PICTOR ORDINARIVS LVDOVICI IVSTI REGIS GALLIÆ. ANNO Domini

1649. Romæ. ÆTATIS S. 55

Londres

NICOLAVS POVSSINVS ANDELIENSIS ACADEMICVS ROMANVS PRImus

PICTOR ORDINARIVS LVDOVICI IVSTI REGIS GALLIÆ.ANNO DOMINI

1649 Romæ ÆTATIS Suæ 55

Les traductions sont les suivantes:

Effigie de Nicolas Poussin, peintre originaire des Andelys, à l’âge de 56 ans, en 1650, année du jubilé romain.

Nicolas Poussin des Andelys, académicien romain, premier peintre ordinaire de Louis le Juste, roi de France

*Les lettres L et V

Commençons par les noms et prénoms que l’on trouve inscrit sur le tableau du Louvre ( L ), de la galerie Gimpel (G ) et celui de Berlin ( B ) .On les trouve sous deux formes, au génitif singulier (L) : NICOLAI POVSSINI car il se rapporte au mot EFFIGIES , puis au nominatif singulier NICOLAVS POVSSINVS ( G et B ), ce qui aura pour effet de remplacer une voyelle « I » par une voyelle « V » pour le prénom et le nom : C’est déjà l’indication qu’il va falloir s’intéresser à ces deux lettres. Poussin confirmera en accolant ces deux lettres et uniquement ces deux lettres dans le mot ORDINARIVS de la version (G) formant ainsi une lettre N ( l’abbé Boudet disait en son temps : tandis que le Nous les rassemble .. LVL Celtique page 34 …).

* Les andelys

Passons au mot ANDELYENSIS ( B ) ou ANDELIENSIS ( G ) ou ANDEL:YENSIS ( L ) .

Il y a donc deux orthographes que certains ont voulu dater ( document Guerdat page 34 ) . Monsieur Parrault aurait du mieux se renseigner car dans le dictionnaire topographique de la France1, on retrouve pour le département de l’Eure l’étymologie du petit Anlelys où est née Nicolas Poussin :

Donc bien avant la naissance du peintre les deux orthographes étaient utilisées ( avec I ou avec Y ).

*Les lettres L et i sont équivalentes

Mais ce qui est certain, c’est que la lettre I ( ou sa forme double I dans l’Y ) est mise en valeur dans la version Berlinoise, comme l’est aussi la lettre L. En effet seule la lettre L est notée en grande majuscule ( ici « la phrase » ne commence pas par une majuscule comme dans la version du Louvre ), mais surtout si l’on doit mettre un point sur les minuscules comme dans le cas de Domini , il est inconcevable d’en mettre pour des majuscules…c’est pourtant ce qui est fait. Même le chiffre 1 de la date 1649 est transformé en « i » ! . Ces deux particularités vont dans le sens de ma théorie : un L écrit en minuscule correspond à un i écrit en majuscule ( I ).

On peut aussi remarquer que dans la version de Paris, la coupure du mot est faite entre le « L » et le « Y », ce qui n’est pas une coïncidence. On peut d’ailleurs à juste titre se demander pourquoi Poussin coupe ainsi ce mot en deux, alors qu’il aurait pu le reproduire en entier à la ligne. Je ne suis pas le seul à avoir été « interpelé» par cette légèreté, car Jean Pesne2 réécrira le mot entier dans sa gravure :

Il faut donc bien s’intéresser à ce mot et cette coupure…

Ce faisant deux mots apparaissent et l’un d’eux doit avoir une signification pour Poussin, c’est le mot Andel qui signifie « eau agité » et qui sous la forme Andelle, est le nom du cours d’eau situé à moins de 10 km des Andelys se jetant dans la seine. Cette coupure met en exergue la lettre « Y » ou « upsilon » en grec. Cette lettre est issue du waw phénicien et donnera les lettres « U,V, W  et Y » .Nous avons donc un double I phonétique, associé à un V que l’on retrouve dans même dans le tracé.

* La version Gimpel

C’est la version Londonienne du tableau qui apportera le plus d’informations. Nous avons l’accolement des lettres « I » et « V » (1) dans le mot ORDINARIVS précédemment expliqué, mais le texte comporte trois particularités.

La première est qu’à la différence de la version Berlinoise, chaque mot commence par une majuscule, soulignant ainsi l’importance d’une analyse de lettres.

La deuxième est que les interlignes sont pratiquement inexistantes. Il faudra donc analyser les « rapprochements verticaux » de lettres.

La troisième est la plus intéressante. Je l’ai découverte en voulant reproduire la phrase à l’aide d’un traitement de texte. Il m’a alors été impossible de positionner chaque mot correctement, les uns par rapport aux autres. J’ai dû diminuer la taille des caractères de la deuxième ligne pour y parvenir. C’est donc en reproduisant des caractères plus petits que l’auteur du texte va pouvoir nous proposer des superpositions de lettres intéressantes.

On retrouve à nouveau l’idée qu’un trait vertical peut correspondre à plusieurs caractères ( 3 et 4 ), qu’un alignement de lettre « V » et « L » ( peut-être fortuit dans la version Berlinoise ), a été délibérément choisi dans cette version Londonienne (2), et surtout qu’un joli palindrome LVL (5) est mis en valeur .

Le mot IVSTI et le mot IVBILEI de la version Parisienne conforteront cette lecture.

Un autre rapprochement de lettres au niveau des mots ACADEmicus et Regis pourrait évoquer l’Arcadie, mais il n’y a rien d’évident.

* Un autre tableau évoqué

Ces rapprochements de lettres vont nous faire découvrir un élément encore plus intéressant que l’on retrouve au niveau des mots PICTOR, ORDINARIVS et Romae, c’est l’évocation du mot OR (6).

Il n’est pas question de l’évocation d’un trésor comme certain pourraient le croire, mais il est question de l’évocation d’un tableau peint deux ans auparavant pour Chantelou : L’ ORDINATION -2 .Dans cette œuvre on aperçoit Jésus donner les clés à Pierre. En fait il ne lui donne pas les deux clés d’OR et d’argent, symboles des pouvoirs céleste et terrestre comme on peut le constater dans différents tableaux ( le perugin ,Giambattista Pittoni , Guido Reni, Philippe de Champaigne, Alfred Loudet …et Poussin dans la première version de l’ordination.), mais il brandit la clé d’or vers le ciel et celle d’argent vers la terre. Nous reviendrons sur la clé d’or dans quelques lignes, mais il faut avant tout faire un lien avec l’analyse picturale.

Précédemment nous avions mis en évidence « Moïse sauvé des eaux » dans l’analyse picturale du tableau Parisien, nous allons maintenant comparer les deux tableaux. C’est le paysage en arrière plan qui m’a interpellé, car il présente la même structure.

Dans le tableau de 1647, le paysage que l’on découvre derrière la fille du pharaon présente une symétrie. Juste au-dessus la tête se trouve un bâtiment présentant des arcades, surmonté d’un obélisque coiffé de son pyramidion ( m +I + ).On retrouve la même disposition « palindromique » de part et d’autre c’est-à-dire une pyramide, un bâtiment vertical ( obélisque ) puis un bâtiment présentant des voûtes ( I mm I ).

Dans la version de 1651, il n’y a qu’une seule succession de « bâtiment vertical-arches-pyramide » ( I m ).

Une ouverture « arquée » se trouve entre les têtes. Quant au bâtiment au toit arqué rougeâtre se trouvant en arrière plan, il est inspiré d’une mosaïque qui se trouve dans le temple de Fortuna à Praeneste .

La troisième version de 1638 est plus explicite :

Nous retrouvons la même disposition dans « l’ordination 2 » : un bâtiment vertical sur lequel est gravée une lettre, des arches , une pyramide ( I m ).Il n’y a pas d’autres tableaux dans toute l’œuvre de Nicolas Poussin qui présente cette particularité.

Nous avons donc dans ces quatre tableaux la représentation symbolique des lettres L, M et V inversé ( ou lambda soit L à nouveau ).

Sinon très peu de tableau de Poussin font apparaître des arches, j’en ai trouvé que trois : paysages d’arcadie pan et bacchus, Le retour d’Égypte , Les Israélites recueillant la manne dans le désert ( manne qui se trouve dans l’arche d’alliance ).

* Une inscription à deux lettres

Dans l’analyse picturale j’expliquais que l’on trouvait « des mots inscrits » sur la peinture, uniquement ( ou presque …) sur les autoportraits et les deux versions des bergers d’Arcadie. Ma réserve portait sur « l’ordination 2 », car on y voit une lettre .Peut-être comme moi vous avez pensé lire une lettre « L » inscrite au sommet du bâtiment.

En fait ce n’est pas le cas, car il s’agît de la lettre « E » dont les deux barres horizontales supérieures sont à peine tracées. Certains spécialistes ont expliqué cette dernière par rapport à la scène présentée, ce serait un « E » pour Église ( ou Ecclesia ). C’est avoir une piètre opinion de Poussin dont l’intelligence ne pouvait se satisfaire d’une telle lecture. Je vois les choses autrement, car de mon côté deux lettres sont évoquées : les lettres « E » et « L » soit « EL » qui signifie Dieu, ce Dieu que deux Jésus identiques peints sur la toile nous montrent du doigt, ce « EL » ou אל en Hébreux, ainsi que son symétrique לא exprimant la négation ( inscrit sept fois sur les tables de la loi déposées dans l’arche d’alliance ) que l’on trouve évoqué dans « les bergers d’Arcadie » ( voir https://recharc.fr/les-tableaux-de-poussin/ ). Il faut rappeler que la remise des clés à Saint Pierre ( comme « le retour d’Égypte » cité précédemment ) fait partie du Sondergut matthéen ce qui conforte une lecture hébraïque du tableau.

*Des minuscules

Les spécialistes de Poussin se sont aussi interrogés sur l’utilisation de minuscules pour le mot PRImus présent sur cette version. Mais c’est aussi le cas des mots Suae, Domini et Romae ( version Londonienne et Berlinoise ). Je ne peux tirer de conclusion définitive mais simplement constater que trois des quatre mots ont une signification, si les minuscules sont lus à l’envers…:

sum signifie « Je suis » en latin ( que certains proposent comme étant le verbe manquant à la l’inscription ET IN ARCADIA EGO.

in imo est un superlatif latin en relation avec inferus signifiant « dans le fond, en profondeur »

eau c’est du Français ! , en relation avec l’andelle ,et mon interprétation du tableau des bergers d’Arcadie.

*La clé d’OR

Revenons à la clé d’OR…Quel pourrait être l’intérêt pour Poussin de séparer les clés, mise à part de désigner pour chacune d’elles ce qu’elle est censée évoquer ?

En fait il faut juste traduire en latin le mot « clé » au singulier :

Clé = CLAVIS au vocatif et génitif , mais aussi CLAVI au Datif .

Quand on accepte la clé IVI, alors « c’est LAV I » prend tout son sens.

Il reste à évoquer le grand parchemin, même si à raison il fait l’objet de suspicion. Si l’on peut associer Bergère à Poussin et Teniers à la tentation, je pense que la clé fait référence au premier.

Cela démontre une fois encore que Plantard disposait d’informations capitales, mais qu’il n’a pas su les interpréter correctement.

(1) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39294g.texteImage

(2) Graveur et peintre français (Rouen 1623-Paris 1700).Il reproduisit en estampe un grand nombre de tableaux de Poussin.

 

Analyse picturale des autoportraits

Avant de commencer cette analyse, il faut expliquer l’intérêt d’étudier ces trois autoportraits .

Je suis de ceux qui pensent que le tableau « des bergers d’Arcadie » est bien un des documents en relation avec notre affaire, non pas parce que Plantard nous le fait découvrir dans la résolution de l’énigme du grand parchemin ( même si je continue à penser que les documents dont il dispose sont de première qualité, et nous en reparlerons dans la troisième partie de cette étude), mais parce que l’abbé Boudet le fait comprendre dans LVL Celtique. Donc si l’on part du postulat que Nicolas Poussin détient un secret ( voir lettre de Louis Fouquet à son frère du 17 avril 1656 ) et qu’il l’a représenté dans son tableau, alors s’il doit l’évoquer une dernière fois, il le fera très logiquement sur ses trois autoportraits qui résument en quelque sorte sa vie.

Pour certains experts de la peinture, il existe bien un lien entre ces quatre tableaux, comme l’explique Monsieur Batschmann en page 122 de son livre « Dialectique de la peinture » :

Nouant l’ombre, la lumière et l’inscription, l’Autoportrait II ( version Louvres ) reprend les éléments fondamentaux d’un tableau peint quelque dix ans auparavant, la seconde version de Et in arcadia Ego.

En effet, sur tous les tableaux peint par Poussin, seules les deux versions « des bergers d’Arcadie » et les trois versions d’autoportraits possèdent « des mots écrits » sur la toile ( bien que j’apporterai une petite rectification le moment venu ).

* La version du Louvre

Elle fut décrite mainte fois par les spécialistes du peintre. Reprenons celle proposée par Frédéric Villot, conservateur du musée du Louvre en 1855 :

Il faut aussi souligner que la bague porte un diamant en forme de pyramide ( Angélique COATLÉVEN-BRUN1 , « La peinture prise aux lettres », citation de Louis Marin ,pdf 168/346 )

Mais c’est surtout une partie de tableau sur lequel le visage d’une dame coiffée d’un diadème qui attire l’attention. Le diadème porte un œil, et deux bras semblent vouloir enlacer cette personne.

Pour beaucoup de spécialistes de la peinture, dont Stéphane Loire (conservateur en chef du département des peintures du Louvre) nous avons là une allégorie de l’amitié, mais pour d’autres elle représente la figure de la peinture.

Allégorie ou non, en fait personne en a une idée précise, mais il est certain que l’identification du personnage pourrait nous apporter des éléments de réponse.

Pour certains la dame serait d’origine grecque, car son nez est droit. Serait-ce alors une représentation de la déesse Héra, avec un des yeux du paon représenté sur sa couronne ?

Pour ma part je ne le pense pas. De mon côté il s’agit de la fille du pharaon qui recueillit Moïse. C’est aussi ce que pense Philippe de Champagne , peintre contemporain et ami de Poussin qui fut le premier à reconnaître ce personnage présent dans une peinture du maître des Andelys:(« Le Poussin, sa vie et son œuvre » , Philippe de Champagne2 ) :

En effet on reconnaît dans la deuxième version du « Moïse sauvé des eaux » de 1747 ,cette dame vue de face portant le diadème.

Dans ce cas l’œil symboliserait celui d’Horus ou œil de la providence, et les bras seraient peut-être ceux de Moïse, reprenant la position horizontale quand on représente Horus enlaçant l’œil Oudjat ( œil gauche, comme sur la peinture de l’autoportrait ).

Mais à n’en pas douter, Nicolas Poussin connaissait l’histoire d’Horus, il savait aussi que l’œil de la providence représente Dieu. Si l’on accepte ce constat, alors il est possible que le diamant en forme de pyramide permettait d’évoquer « une lecture égyptienne » de ce portrait de femme, ce qui sera confirmé par d’autres éléments présentés dans la partie 3 de l’étude.

* Les versions de Berlin et Londres

Le décor est très différent. Derrière le buste de Poussin on aperçoit une plaque de pierre flanquée de deux putti réalisés en bas relief et liés entre eux par un feston de laurier.

Depuis longtemps les deux putti ( angelots ou chérubins ) furent identifiés. Nicolas Poussin s’inspira d’un monument funéraire réalisé par son ami Duquesnoy3 qui est la tombe de Ferdinand van den Eynde4 ( voir document Guerdat, page 4 ).

À la différence de Duquesnoy, c’est un feston en forme d’arc tenu par deux Putti se faisant dos que Poussin a choisi de représenter. Il est difficile de vérifier la présence ou l’absence d’ailes, car le feston et la plaque masquent une partie du dos des deux chérubins, mais aucun doute n’existe sur leur nature angélique.

Nicolas Poussin tient dans la main gauche un porte-crayon, peut-être doit-on y voir une invitation à nous intéresser sur ce qui vient d’être écrit par lui. C’est ce que nous ferons dans une troisième partie consacrée à l’analyse des phrases écrites sur ces tableaux, qui dévoilera des éléments très intéressants en regard de ce que nous venons de mettre en évidence dans cette analyse picturale que nous allons résumer :

Il se pourrait que dans ces autoportraits, il soit question de Moïse et de Dieu, de chérubin et « d’arc », et de la phrase latine ET IN ARCADIA EGO *** , à suivre…

(1) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00748596/file/1._-_THESE-Coatleven-Brun.pdf

(2)https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5780009m.texteImage

(3)François Duquesnoy , peintre et ami de Poussin partagea à Rome un logement Via Paolina avec ce dernier.Selon les premiers biographes, lorsque Duquesnoy est arrivé à Rome en 1618, il a étudié la sculpture antique en détail, grimpant sur l’ équestre Marcus Aurelius pour déterminer comment il a été coulé, ou faisant un pèlerinage au sanctuaire de Diane au lac Nemi . En 1624, Nicolas Poussin , qui partageait son style de représentation classique et émotionnellement détaché, arriva à Rome et les deux artistes étrangers se logèrent ensemble. Tous deux ont évolué dans le cercle de patronage de Cassiano dal Pozzo.

(4)https://en.wikipedia.org/wiki/Tomb_of_Ferdinand_van_den_Eynde