Analyse des inscriptions

Il faut d’abord comprendre qu’en ce qui concerne les autoportraits, il ne sera pas question d’expliquer à nouveau la solution de l’énigme, mais de faire en sorte que là où le « profane » verra une allégorie, « l’initié » trouvera la confirmation de ce qu’il fallait trouver. Vous verrez que si l’on accepte l’existence de la clé IVI, alors tout devient cohérent.

* Les inscriptions

Paris

EFFIGIES NICOLAI POVSSINI ANDEL

YENSIS PICTORIS . ANNO ÆTATIS. 56

ROMÆ ANNO IVBILEI

1650 .

Berlin

NICOLAVS POVSSINVS ANDELYENSIS ACADEMICVS ROMANVS PRIMVS

PICTOR ORDINARIVS LVDOVICI IVSTI REGIS GALLIÆ. ANNO Domini

1649. Romæ. ÆTATIS S. 55

Londres

NICOLAVS POVSSINVS ANDELIENSIS ACADEMICVS ROMANVS PRImus

PICTOR ORDINARIVS LVDOVICI IVSTI REGIS GALLIÆ.ANNO DOMINI

1649 Romæ ÆTATIS Suæ 55

Les traductions sont les suivantes:

Effigie de Nicolas Poussin, peintre originaire des Andelys, à l’âge de 56 ans, en 1650, année du jubilé romain.

Nicolas Poussin des Andelys, académicien romain, premier peintre ordinaire de Louis le Juste, roi de France

*Les lettres L et V

Commençons par les noms et prénoms que l’on trouve inscrit sur le tableau du Louvre ( L ), de la galerie Gimpel (G ) et celui de Berlin ( B ) .On les trouve sous deux formes, au génitif singulier (L) : NICOLAI POVSSINI car il se rapporte au mot EFFIGIES , puis au nominatif singulier NICOLAVS POVSSINVS ( G et B ), ce qui aura pour effet de remplacer une voyelle « I » par une voyelle « V » pour le prénom et le nom : C’est déjà l’indication qu’il va falloir s’intéresser à ces deux lettres. Poussin confirmera en accolant ces deux lettres et uniquement ces deux lettres dans le mot ORDINARIVS de la version (G) formant ainsi une lettre N ( l’abbé Boudet disait en son temps : tandis que le Nous les rassemble .. LVL Celtique page 34 …).

* Les andelys

Passons au mot ANDELYENSIS ( B ) ou ANDELIENSIS ( G ) ou ANDEL:YENSIS ( L ) .

Il y a donc deux orthographes que certains ont voulu dater ( document Guerdat page 34 ) . Monsieur Parrault aurait du mieux se renseigner car dans le dictionnaire topographique de la France1, on retrouve pour le département de l’Eure l’étymologie du petit Anlelys où est née Nicolas Poussin :

Donc bien avant la naissance du peintre les deux orthographes étaient utilisées ( avec I ou avec Y ).

*Les lettres L et i sont équivalentes

Mais ce qui est certain, c’est que la lettre I ( ou sa forme double I dans l’Y ) est mise en valeur dans la version Berlinoise, comme l’est aussi la lettre L. En effet seule la lettre L est notée en grande majuscule ( ici « la phrase » ne commence pas par une majuscule comme dans la version du Louvre ), mais surtout si l’on doit mettre un point sur les minuscules comme dans le cas de Domini , il est inconcevable d’en mettre pour des majuscules…c’est pourtant ce qui est fait. Même le chiffre 1 de la date 1649 est transformé en « i » ! . Ces deux particularités vont dans le sens de ma théorie : un L écrit en minuscule correspond à un i écrit en majuscule ( I ).

On peut aussi remarquer que dans la version de Paris, la coupure du mot est faite entre le « L » et le « Y », ce qui n’est pas une coïncidence. On peut d’ailleurs à juste titre se demander pourquoi Poussin coupe ainsi ce mot en deux, alors qu’il aurait pu le reproduire en entier à la ligne. Je ne suis pas le seul à avoir été « interpelé» par cette légèreté, car Jean Pesne2 réécrira le mot entier dans sa gravure :

Il faut donc bien s’intéresser à ce mot et cette coupure…

Ce faisant deux mots apparaissent et l’un d’eux doit avoir une signification pour Poussin, c’est le mot Andel qui signifie « eau agité » et qui sous la forme Andelle, est le nom du cours d’eau situé à moins de 10 km des Andelys se jetant dans la seine. Cette coupure met en exergue la lettre « Y » ou « upsilon » en grec. Cette lettre est issue du waw phénicien et donnera les lettres « U,V, W  et Y » .Nous avons donc un double I phonétique, associé à un V que l’on retrouve dans même dans le tracé.

* La version Gimpel

C’est la version Londonienne du tableau qui apportera le plus d’informations. Nous avons l’accolement des lettres « I » et « V » (1) dans le mot ORDINARIVS précédemment expliqué, mais le texte comporte trois particularités.

La première est qu’à la différence de la version Berlinoise, chaque mot commence par une majuscule, soulignant ainsi l’importance d’une analyse de lettres.

La deuxième est que les interlignes sont pratiquement inexistantes. Il faudra donc analyser les « rapprochements verticaux » de lettres.

La troisième est la plus intéressante. Je l’ai découverte en voulant reproduire la phrase à l’aide d’un traitement de texte. Il m’a alors été impossible de positionner chaque mot correctement, les uns par rapport aux autres. J’ai dû diminuer la taille des caractères de la deuxième ligne pour y parvenir. C’est donc en reproduisant des caractères plus petits que l’auteur du texte va pouvoir nous proposer des superpositions de lettres intéressantes.

On retrouve à nouveau l’idée qu’un trait vertical peut correspondre à plusieurs caractères ( 3 et 4 ), qu’un alignement de lettre « V » et « L » ( peut-être fortuit dans la version Berlinoise ), a été délibérément choisi dans cette version Londonienne (2), et surtout qu’un joli palindrome LVL (5) est mis en valeur .

Le mot IVSTI et le mot IVBILEI de la version Parisienne conforteront cette lecture.

Un autre rapprochement de lettres au niveau des mots ACADEmicus et Regis pourrait évoquer l’Arcadie, mais il n’y a rien d’évident.

* Un autre tableau évoqué

Ces rapprochements de lettres vont nous faire découvrir un élément encore plus intéressant que l’on retrouve au niveau des mots PICTOR, ORDINARIVS et Romae, c’est l’évocation du mot OR (6).

Il n’est pas question de l’évocation d’un trésor comme certain pourraient le croire, mais il est question de l’évocation d’un tableau peint deux ans auparavant pour Chantelou : L’ ORDINATION -2 .Dans cette œuvre on aperçoit Jésus donner les clés à Pierre. En fait il ne lui donne pas les deux clés d’OR et d’argent, symboles des pouvoirs céleste et terrestre comme on peut le constater dans différents tableaux ( le perugin ,Giambattista Pittoni , Guido Reni, Philippe de Champaigne, Alfred Loudet …et Poussin dans la première version de l’ordination.), mais il brandit la clé d’or vers le ciel et celle d’argent vers la terre. Nous reviendrons sur la clé d’or dans quelques lignes, mais il faut avant tout faire un lien avec l’analyse picturale.

Précédemment nous avions mis en évidence « Moïse sauvé des eaux » dans l’analyse picturale du tableau Parisien, nous allons maintenant comparer les deux tableaux. C’est le paysage en arrière plan qui m’a interpellé, car il présente la même structure.

Dans le tableau de 1647, le paysage que l’on découvre derrière la fille du pharaon présente une symétrie. Juste au-dessus la tête se trouve un bâtiment présentant des arcades, surmonté d’un obélisque coiffé de son pyramidion ( m +I + ).On retrouve la même disposition « palindromique » de part et d’autre c’est-à-dire une pyramide, un bâtiment vertical ( obélisque ) puis un bâtiment présentant des voûtes ( I mm I ).

Dans la version de 1651, il n’y a qu’une seule succession de « bâtiment vertical-arches-pyramide » ( I m ).

Une ouverture « arquée » se trouve entre les têtes. Quant au bâtiment au toit arqué rougeâtre se trouvant en arrière plan, il est inspiré d’une mosaïque qui se trouve dans le temple de Fortuna à Praeneste .

La troisième version de 1638 est plus explicite :

Nous retrouvons la même disposition dans « l’ordination 2 » : un bâtiment vertical sur lequel est gravée une lettre, des arches , une pyramide ( I m ).Il n’y a pas d’autres tableaux dans toute l’œuvre de Nicolas Poussin qui présente cette particularité.

Nous avons donc dans ces quatre tableaux la représentation symbolique des lettres L, M et V inversé ( ou lambda soit L à nouveau ).

Sinon très peu de tableau de Poussin font apparaître des arches, j’en ai trouvé que trois : paysages d’arcadie pan et bacchus, Le retour d’Égypte , Les Israélites recueillant la manne dans le désert ( manne qui se trouve dans l’arche d’alliance ).

* Une inscription à deux lettres

Dans l’analyse picturale j’expliquais que l’on trouvait « des mots inscrits » sur la peinture, uniquement ( ou presque …) sur les autoportraits et les deux versions des bergers d’Arcadie. Ma réserve portait sur « l’ordination 2 », car on y voit une lettre .Peut-être comme moi vous avez pensé lire une lettre « L » inscrite au sommet du bâtiment.

En fait ce n’est pas le cas, car il s’agît de la lettre « E » dont les deux barres horizontales supérieures sont à peine tracées. Certains spécialistes ont expliqué cette dernière par rapport à la scène présentée, ce serait un « E » pour Église ( ou Ecclesia ). C’est avoir une piètre opinion de Poussin dont l’intelligence ne pouvait se satisfaire d’une telle lecture. Je vois les choses autrement, car de mon côté deux lettres sont évoquées : les lettres « E » et « L » soit « EL » qui signifie Dieu, ce Dieu que deux Jésus identiques peints sur la toile nous montrent du doigt, ce « EL » ou אל en Hébreux, ainsi que son symétrique לא exprimant la négation ( inscrit sept fois sur les tables de la loi déposées dans l’arche d’alliance ) que l’on trouve évoqué dans « les bergers d’Arcadie » ( voir https://recharc.fr/les-tableaux-de-poussin/ ). Il faut rappeler que la remise des clés à Saint Pierre ( comme « le retour d’Égypte » cité précédemment ) fait partie du Sondergut matthéen ce qui conforte une lecture hébraïque du tableau.

*Des minuscules

Les spécialistes de Poussin se sont aussi interrogés sur l’utilisation de minuscules pour le mot PRImus présent sur cette version. Mais c’est aussi le cas des mots Suae, Domini et Romae ( version Londonienne et Berlinoise ). Je ne peux tirer de conclusion définitive mais simplement constater que trois des quatre mots ont une signification, si les minuscules sont lus à l’envers…:

sum signifie « Je suis » en latin ( que certains proposent comme étant le verbe manquant à la l’inscription ET IN ARCADIA EGO.

in imo est un superlatif latin en relation avec inferus signifiant « dans le fond, en profondeur »

eau c’est du Français ! , en relation avec l’andelle ,et mon interprétation du tableau des bergers d’Arcadie.

*La clé d’OR

Revenons à la clé d’OR…Quel pourrait être l’intérêt pour Poussin de séparer les clés, mise à part de désigner pour chacune d’elles ce qu’elle est censée évoquer ?

En fait il faut juste traduire en latin le mot « clé » au singulier :

Clé = CLAVIS au vocatif et génitif , mais aussi CLAVI au Datif .

Quand on accepte la clé IVI, alors « c’est LAV I » prend tout son sens.

Il reste à évoquer le grand parchemin, même si à raison il fait l’objet de suspicion. Si l’on peut associer Bergère à Poussin et Teniers à la tentation, je pense que la clé fait référence au premier.

Cela démontre une fois encore que Plantard disposait d’informations capitales, mais qu’il n’a pas su les interpréter correctement.

(1) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39294g.texteImage

(2) Graveur et peintre français (Rouen 1623-Paris 1700).Il reproduisit en estampe un grand nombre de tableaux de Poussin.