* La kaïrolo absente au Nord-Est

S’ il existe un lieu qui intrigue tout chercheur travaillant sur LVL Celtique, c’est bien la kaïrolo. Elle est « Le lieu » qu’il faut trouver, car à juste titre elle évoque ce lieu fermé qui renferme la précieuse céréale comme nous le précise l’abbé. Selon lui la kaïrolo des Redones se traduit par : key (ki) clef, – ear (ir), épi de blé.– hole, creux, petite maison –, c’est-à-dire le grenier et peut-être le silo ou souterrain située au sud de Montferrand tout près du chemin conduisant au ruisseau de la Coume et aux Artigues.

Pourtant, quand on regarde la carte de LVL elle n’y figure pas, pas plus d’ailleurs que sur une carte actuelle qui précise les lieux-dits.La kaïrolo est donc une invention de l’abbé.

*La Kaïrolo en languedocien

Le mot occitan qui se rapproche le plus de Kaïrolo est cayrol. Il représente aussi un nom propre et est issu de l’occitan  caire  ou pierre carrée, angulaire qui désigne un lieu pierreux .Nous sommes donc loin d’un silo à céréales. L’alphabet occitan ne possède pas de lettre « K » et l’on peut se demander pourquoi l’abbé l’utilise au début du mot. De plus la fin du mot « olo » n’a pas de traduction, car il s’arrête sur la traduction du mot hole, alors pourquoi ajouter la lettre « o » finale, « une caïrol » aurait suffit ..Je pense pouvoir expliquer tout cela à la fin de ce chapitre.

* Le livre d’axat

Publié en 1896 il fait suite aux « Remarques sur la phonétique du dialecte languedocien ». Comme il l’a fait pour LVL Celtique, l’abbé va traduire en anglais les noms se rapportant à cette ville. Ce livre se divise en plusieurs parties :

– Famille DAX (notes )

– Axat -aspect géologique

– Axat ( nom du territoire )

– Lieux-dits de la commune d’Axat

– Axat village

– Lieux-dits ( suite )

– Bois

– Ruisseaux et fontaines

Que ce soit pour « les remarques sur la phonétique du dialecte languedocien » ou « le livre d’Axat » , tout lecteur assidu de LVL Celtique ne sera pas dépaysé, car il y retrouvera la traduction de la plupart « des mots anglais de base » utilisés dans LVL .L’abbé va même attirer l’attention du lecteur d’une façon très particulière c’est-à-dire en se dénigrant ! Je vous laisse constater :

– Dans LVL Celtique en page 219 il écrit :

Le village le plus rapproché des Sordes, et faisant partie de la contrée occupée par les Aticini, se nomme Axat, et cette appellation, qui est une simple inversion d’Atax, marque le point exact de division entre les deux tribus des Sordes et des Atacini .

– Dans Axat (nom du territoire ) on peut lire :

Nous laisserons de côté l’hypothèse injustifiée et de pure fantaisie prétendant que le mot AX-AT n’est que l’interversion d’AT-AX .

Nous n’avons pas ici la reconnaissance d’une erreur mais bien un dénigrement qui interpelle et qui nous fait comprendre que le propos de ce livre est bien en relation avec l’autre. Je le confirme et je vous affirme que ces nouveaux écrits ont bien pour but de nous aider dans la compréhension de LVL Celtique, et cette étude sur la kaïrolo n’en est qu’un des nombreux exemples.

* La Cayrole

C’est dans la partie consacrée à l’étude des lieux-dits que nous allons trouver « cette béquille » . Dans « l’alphabet solaire » de JL Chaumeil et J Rivière ( 1996 ) où sont reproduits les différents textes nous pouvons lire en page 439 :

Le vocable actuel Souls Caïroles paraît légèrement différer de Souls d’Aïroles, porté au plan cadastral de 1781. Il correspond mieux néanmoins à ses pareils, la Cayrole* à Quillan , Cayrou et Cayrole au territoire de roquefort, etc :

Cayrole

– to ear, monter en épis

– whole, adv entièrement

ear whole = mettre entièrement en blé

* Les auteurs écrivent Cayrolo en page 438 alors que l’abbé écrit bien Cayrole

La définition est ici légèrement différente de celle que l’on trouve dans LVL Celtique, mais elle conserve  to ear  c’est-à-dire « monter en épi ». Donc d’après l’abbé « caïroles » et « aïroles » c’est « tout dit le même » comme on dit par chez moi…

Enfin il nous invite à nous intéresser au plan cadastral de 1781, date si important dans notre énigme, car elle figure sur une certaine tombe ( cependant je ne pense pas qu’il y ait ici un rapport, enfin je n’ai pour l’instant rien trouvé qui aille dans ce sens ).

* Deux cartes intéressantes

Je n’ai pas trouvé le plan cadastral d’Axat de 1781, mais j’ai découvert un autre document publié à la même date que l’abbé devait connaître, il s’agit de la carte du diocèse d’Alet .

( sur cette carte figure aussi Laval situé à l’Est de Quillan : voir l’étude sur « la croix de l’Ostie » )

Nous pouvons constater que LavalDieu porte aussi le nom de PICHAYROL que l’on peut décomposer en deux parties :

PIC-PIE – piè :

Du provençal piga , du latin pīca, féminin de pīcus qui signifie « pic ».

AYROLLE :

L’étymologie de ce nom provient du latin arealia qui signifie l’aire plane; et par extension l’endroit où l’on bat les grains . Pour être complet arealia est à la fois le vocatif, le nominatif, l’accusatif neutre pluriel de arealis, et arealis vient de area qui est l’aire de battage avec le suffixe –alis.

Mais bien avant cette date, on pouvait lire un autre nom très proche et plus explicite sur la carte de Cassini : le nom PICKAYROL

Ce sont les mêmes notions : le pic associé à l’aire de battage du grain de blé.

Non, vous ne rêvez pas, dans cette appellation vous retrouvez la définition de la Kaïrolo.

De plus le mot pick  est aussi « la clé » présente dans la définition de la Kaïrolo. C’est ce que nous pouvons lire dans le Saddler qui nous apprend que :to pick a lock signifie crocheter une serrure et donc que ce pick est aussi l’instrument qui joue le rôle de la clé pour ouvrir la serrure. Il porte le nom actuel de lock pick ( clé de crochetage ), mais on le trouve aussi dans le Sadler sous le nom de picklock ou  false key ou fausse clé ( voir fausse ) .

Alors qu’il est difficile de retrouver les trois mots anglais dans la définition donnée dans LVL , ici tout devient très clair :

PICK- AYR- OL : la clé , l’épi, le creux

On comprend alors pourquoi l’abbé fait apparaître une lettre « K » dans un mot prétendu être à la base « occitan », cela vient de la décomposition du mot en PIC-KAYROL. Quant à la finition « olo », je pense pouvoir l’expliquer par un autre mot anglais sous-entendu par l’abbé, le mot  hollow qui signifie aussi cavité , ce qui « accentue » la définition du dernier mot hole .

Une deuxième interprétation reste possible, car l’abbé nous dit quand en page 166 il présente la première fois la kaïrolo :

Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe, représentait l’aliment de première nécessité, le blé, – main (mén), principal, – ear (ir), épi de blé.– Chose étrange ! Dans tous nos villages du Languedoc, on trouve toujours un terrain auquel est attaché le nom de Kaïrolo, …

« Le ménir, par sa forme aiguë et en pointe » ferait allusion au mot « PIC », et serait suivi de KAYROL qui représente la kaïrolo :PIC-KAYROL.

Notons au passage « l’étrange usage du mot étrange » par l’abbé qui le devient moins quand on sait que le sadler traduit queer par étrange et se retrouve dans le mot piqueerer ( noté aussi pickeerer dans le Sadler …) qui signifie pirate, pilleur et vient du verbe piller. Le mot étrange fait aussi référence à PICK !.

Quoi qu’il en soit, il est cohérent d’associer LVL Dieu à sa pique .

* En conclusion

C’est après avoir constaté que LVL Dieu portait aussi le nom de PICKAYROL / PICHAYROL ( HAYROL=KAYROL comme il est dit dans le livre d’Axat ) que l’abbé Boudet créera la kaïrolo fictive au Nord-Est du cromleck et c’est dans le livre d’Axat qu’il précisera sa pensée afin que nul doute soit possible. Nous verrons que ce lieu est lié à Alet ( Aleth, allay , allée , IVI ou allé, ou .. à laie=lée :chemin d’une largeur bien déterminée ..) et que par opportunisme , il utilisera le nom d’un de ses amis , Monsieur Cailhol ,  pour faire ce rapprochement .Ce dernier était en fait avocat à Toulouse, sa résidence principale était à Toulouse, il publiera le résultat de ses travaux pour l’académie des sciences de Toulouse ( médaille d’argent de première classe, collection de fossile le 27 mai 1877 ),  mais il possédait une résidence secondaire à Alet, donc l’abbé aurait du préciser par trois fois : Monsieur Cailhol de Toulouse.