* Bilan

Le créateur du petit parchemin n’avait pas le choix, c’est très probablement à partir du fac-similé de Luc VI présent dans le dictionnaire de Vigouroux qu’il le créa.

Cela veut aussi dire que les lettres R, E et D que l’on trouve décalées sur ce document, et que l’on peut interpréter comme étant une indication « qui oriente » vers REDIS n’est qu’un pur hasard.

Mais surtout cela signifie que tout cela n’a rien d’une farce.

En effet , aucune référence à Jean XII n’est faite dans l’article de Vigouroux . Donc l’auteur du grand parchemin n’avait aucune information sur l’importance de cette page.Pourtant le choix de Jean XII comme support du grand parchemin est très particulier.

  • C’est la seule page du codex où s’accumulent les fautes d’orthographes si particulières au codex Bezae.
  • C’est la seule page où se trouve le plus grand et le plus beau « chrisme PS» .
  • C’est la page qui se trouve reliée par le mot grec περη aux deux autres pages qui font référence à Génézareth ( voir et vérifier l’étude Ad Genezareth )
  • C’est comme l’a précisé Thierry Espalion, la page où se trouve le mot SION que l’on retrouve dans le petit parchemin.
  • C’est le mot grec θήκη ( coffre, tombeau ) du petit parchemin qui fait écho au mot γλωσσόκομον ( coffre, bourse ,Codex Bezae, Jean XII ) dans un texte où Jésus évoque son propre tombeau dans Jean XII.

Tout cela montre que le créateur des parchemins avait bien la connaissance de ces réalités et n’a fait que profiter de la publication des facsimilés de Luc VI présents dans Vigouroux pour faire ce lien avec la page Jean XII du codex Bezae. Cela n’a donc rien à voir avec une farce organisée par un « pseudo-génie »( enfin pour certains…). C’est une des raisons qui me font penser qu’un prêtre vivant au début du XX siècle en est l’auteur, et que Plantard n’a fait que profiter du mot SION écrit sur un document authentique ( subtilisé à ? ) pour créer son « Prieuré de SION ». Comme à son habitude, il se greffe sur l’histoire.

* Sabato, saison 2

Quand j’ai découvert la faute « Sabato » dans les annotations du codex, j’ai évidemment recherché sa présence dans l’annotation présente en haut de la page grecque de Luc VI. Bien entendu, je ne l’ai pas trouvée, et j’en avais conclu qu’aucun lien entre Luc VI et Jean XII n’avait été fait à l’époque des annotateurs . C’est en m’intéressant aux titres réalisés par l’annotateur M1/M2 que j’ai compris que tout n’était pas aussi simple. Dans tous les titres du codex Bezae , le mot Sabato apparaît bien une seule fois. Scrivener l’avait repéré en page 451 de son ouvrage et on le trouve dans les titres compilés par Jennnifer Knust et Tommy Wasserman dans l’article «  Codex Bezae as Repository » de 2020 : Extrait .

( Il se trouve à la page 1 , au niveau de la ligne qui correspond à la colonne « modern » 12:1) .

La page du codex Bezae où figure ce titre est la 34b et …..la péricope dont il est question est L’ARRACHAGE DES BLÉS UN JOUR DE SAB(B)AT !

Il y avait donc bien un rapport avec Luc VI …

La faute est à nouveau incompréhensible, car pour repérer à quelle page il va devoir écrire le titre, l’annotateur va d’abord lire en bas de la page la déclinaison SABBACIN (correctement orthographiée ):

puis l’indiquer dans une écriture négligée ( que je pense intentionnelle ) et en soulignant la lettre B le mot Sabacin :

* Luc VI et la faute David

La faute sur le mot David fut aussi identifiée par les chercheurs du XIX siècle.Harris , pour ne citer que lui, en parlera longuement en page 12 de son livre ( the annotators of the codex Bezae ).

Le nom David ( δαυειδ , ΔΕΥΕΙΔ ) est orthographié dans ce titre «δαυγι» ( voir aussi en page 5 de l’article Codex Bezae as Repository ) , c’est-à-dire qu’entre autre, une lettre « gamma » a été incorporée dans le prénom « David ».

Pourtant ici aussi l’annotateur M1/M2 l’a lu avec son orthographe correcte :


Mais dans le titre il écrit :


Cette faute aurait-elle un rapport avec les lettres « gamma » que l’on retrouve dispersées dans les titres et notamment dans celui où se trouve le mot Sabacin ? Je me renseigne actuellement auprès des spécialistes du codex Bezae et j’espère pouvoir vous donner prochainement une réponse.

* Le variant omicron

Pour l’anecdote, il se trouve qu’un autre mot contenant « SION » est présent dans le nouveau testament .Pour rappel ce mot se trouve dans trois évangiles faisant référence à la même péricope, celle de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Nous connaissons Jean XII-15 , mais il y a aussi Luc XI- 3 et Matth XXI- 5. Donc le mot SION ( Σιών ) ne se retrouve que trois fois dans le codex Bezae.

Le mot dont je parle possède un omicron à la place d’oméga, mais se prononce de la même façon : c’est le mot ἐπιούσιον que l’on retrouve par exemple dans Matth VI-11. Il se lit « épi ou SION » soit en grec « ἐπι ού σιον » . On le trouve dans le « Notre père » , il signifie « supersubstanciel » et se traduit par « quotidien » ( notre pain quotidien …).

Ne trouvez-vous pas remarquable ( après avoir parlé de Luc VI ) de trouver dans une expression le pain , l’épi et SION !

* En conclusion

La personne qui inventa le petit parchemin n’a pas créé de canular. Même si les faits apportés aujourd’hui confirment cette constatation, il suffisait déjà d’analyser le texte du petit parchemin pour le comprendre .

Au temps des annotateurs, un lien avait été fait entre Jean XII et la péricope du blé arraché .La racine « Sabbat » se retrouve notée sept fois à la page 36a de Matth XII et six fois sur la page 205b de Luc VI, donc l’annotateur a placé la faute au niveau de la page du codex Bezae qui contenait le plus de fois les déclinaisons.

De mon côté, j’en conclus qu’il met en évidence la péricope du blé arraché, et non spécialement le texte de Luc VI. J’ai expliqué pourquoi l’abbé Boudet parle de « Kaïrolo » dans LVL celtique ( La kaïrolo) , il fait référence à un des anciens noms de LavalDieu ( Pic-kairol ). Ce nom vient de l’activité exercée en ce lieu : le traitement et la conservation du blé. En 1195 ce hameau était connu sous le nom de « Grange de la bénédiction de Dieu » ( Sabarthes ). Il est donc possible ( mais sans information, je ne peux que supposer …) que depuis bien longtemps ce lieu avait cette activité. Il serait donc logique qu’après avoir indiqué une direction sud-ouest issue d’Arques, on cherche à préciser de cette façon où se trouve le lieu concerné. Mais tout cela n’est qu’hypothèse, nous sommes bien d’accord.

Après avoir étudié l’évangile de Jean XII qui constitue la trame du grand parchemin, c’est sur le document qui fut à l’origine du petit parchemin que portera cette étude.

* Rappels

« Pierre et papier » de Philippe de Cherisey nous a permis de comprendre que ce dernier ne connaissait pas l’origine du petit parchemin. C’est à la page 70 du « testament du Prieuré de Sion » de Jean-luc Chaumeil qu’il explique avoir fabriqué ce document « dont il a pris le texte en onciale à la Bibliothèque Nationale sur l’ouvrage de Dom Cabrol, l’archéologie Chrétienne , casier 25 ». Nous savons maintenant que cet ouvrage ne contient pas l’extrait du codex Bezae. Il poursuivra en évoquant « le codage utilisant le texte de la pierre tombale et le saut du cavalier », démontrant ainsi le peu de maîtrise qu’il possédait sur la création de ces documents. Jamais il n’a cité le codex Bezae, alors que c’était la seule chose logique qu’il devait faire pour prouver qu’il était l’auteur des parchemins. Son ignorance le poussera à affirmer ( page 78 ) que le document I est un montage de trois évangiles synoptiques rapportant le même événement, soit Luc ( I,5 !), Matthieu ( XII 1-8), Marc ( II,23-28 )!!.C’est en effet ce que l’on peut en dire quand on ne connaît pas son origine.

* Origine du texte

– C’est en 2004 que Wieland Wilker de l’université de Brême découvre l’origine du petit parchemin.

– En 2005 Thierry Garnier de Gaillon retrouve ce texte dans l’ouvrage de Kenyon.

Jean-Luc Chaumeil propose ensuite Vigouroux . Il explique son point de vue dans l’interview qu’il accorde à Johan Netchacovitch , rédacteur du site du portail de Rennes le Château :

Johan , Gazette de RLC :

Un problème sur les sources de de Cherisey a été soulevé par la découverte du texte d’origine du « Petit Parchemin », le célèbre Codex Bezae. Il n’évoque jamais cette source unique.

J-L Chaumeil :

Ah ! là, nous sommes au cœur du système Plantard-Cherisey ! Je ne vais pas encore reprendre ce que j’ai écrit sur vos forums mais certains ne veulent manifestement pas comprendre… C’est agaçant à la longue. Pierre Plantard connaissait le livre de Fulcran Vigouroux et a fait en sorte que la paternité des parchemins soit attribuée à Philippe. Citer dom Cabrol était un leurre, une pirouette. Ce fut la même chose avec la revue « CIRCUIT » qui connut plusieurs moutures. Je vous donne un autre exemple… Dans une interview que Philippe m’a accordée en 1973, il en donne l’origine : « …j’ai pris le texte antique en onciale à la Bibliothèque Nationale sur l’ouvrage de dom Cabrol, l’Archéologie chrétienne, casier C25 ». Je m’y suis rendu et qu’ai-je trouvé dans le casier voisin à votre avis ?… Dans le casier B, le Fulcran Vigouroux. Voilà l’exemple par excellence des leurres et chausse-trapes du duo. Ils donnaient une information approximative, seul le curieux trouvait la véritable piste !!! J’affirme donc à la lumière de cet exemple que Pierre Plantard connaissait le manuscrit de Fulcran Vigouroux ! Et ceux qui ne l’admettent pas se fourvoient…

En fait cet exemple ne démontre absolument pas que Plantard connaissait Vigouroux. Le « dictionnaire de la bible » composé de cinq volumes doubles réalisé de 1895 à 1912 et rédigé sous le contrôle de Fulcran Vigouroux fait partie de « l’Encyclopédie des sciences ecclésiastiques » qui comprend entre autres le « dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie » composé de 15 volumes doubles, et rédigé entre 1907 et 1951 sous le contrôle de Fernand Cabrol et Henri Leclercq ( Dictionnaire).Il n’est donc pas étonnant de trouver l’un proche de l’autre, mais l’un n’est pas l’autre. Comme nous le savons tous, jamais Plantard ( ni Cherisey) n’a parlé de codex Bezae ….

* Facsimilé de Luc VI

Beaucoup se sont posés des questions relatives au choix de ce texte. Certains ont proposé que ce dernier fut le fait d’un groupe de prêtres Sulpiciens ayant un lien avec l’Aude. Nous verrons ce qu’il en est en étudiant l’origine du document. Rappelons avant cela une partie de l’historique des études réalisées depuis que ce codex est arrivé à Cambridge. Parmi les chercheurs proposés par Kenneth Panten ( Les chercheurs du codex Bezae) , certains vont proposer des fac-similés du codex.

Le premier fut Kipling ( 1793 ) dont l’ouvrage pratiquement introuvable fut publié à 250 exemplaires ( Codex Theodori Bezae Cantabrigiensis: Evangelia Et Apostolorum Acta Complectens Quadratis Literis Graeco-Latinus ).Scrivener rendra hommage à son travail « de copiste » à la page 12 de son introduction.

Le deuxième était Frederick Henry Ambrose Scrivener ( 1864 ) qui ne proposa que trois pages dans son introduction, mais la reproduction de Luc VI ne s’y trouvait pas ( Codex Cantabrigiensis ).

Il faut attendre 1899 pour que soient publiés par l’université de Cambridge les deux volumes de « Codex Bezae cantabrigiensis : qualtuor Evangelia et Actus apostolorum complectens graece et latine » qui propose l’intégralité des fac-similés de qualité photographique du codex Bezae ( Tome 1, Tome 2) ,afin d’y trouver dans le tome II ( page pdf 411/1016 ) la reproduction de Luc VI .

Origine Vigouroux ( Vigouroux codex bezae )

Dans ce dictionnaire, l’article qui explique l’origine du codex Bezae précise que les planches 14 et 15 proviennent du Recueil de la Palaeographical society. Je me suis alors demandé si l’auteur de l’article fit un choix parmi plusieurs planches du codex Bezae qui y seraient proposées. En fait il n’en est rien, seuls les planches qui représentent l’évangile de Luc VI sont disponibles (Recueil ).

Origine Kenyon

Le livre de George Kenyon « Our Bible and the ancient manuscripts » Livre ( 1900 ) propose après la page 142, le fac-simile de Luc VI.

En conclusion

Quelle que soit la source, le créateur du petit parchemin a choisi le fac-similé de Luc VI ,car il n’avait que ce choix-là ! .Cependant on peut se poser une question :

Le recueil de fac-similés de 1899 pouvait-il être une source possible du petit parchemin ?

Je ne le pense pas, car dans ce cas, il était plus facile au créateur des parchemins d’utiliser le texte de Jean XII du codex Bezae plutôt que de s’embêter à transcrire en oncial tous les caractères du texte issu d’une bible classique dans le cas du grand parchemin.

La seule chose qui me paraît digne d’intérêt est le choix du codex Bezae comme « texte support » du petit parchemin.

* Luc VI, le texte emblématique du codex Bezae

Allons plus loin et essayons de comprendre ce qui motiva Kenyon et d’autres à choisir ce facsimilé.

Dès 1864, John et Charles Mozley ( « The christian Remenbrancer » , page 435 ) expliqueront sa particularité. Le verset 5 a été déplacé entre le verset 10 et 11, et remplacé par un autre texte que l’on trouve nulle part ailleurs :Ils reprennent et développent ce que Scrivener expliquait dans son introduction ( li ).

Le texte original qui caractérise la page 150b , Luc VI du codex Bezae ( grec, latin, français ):

τῇ αὐτῇ ἡμέρᾳ θεασάμενός τινα ἐργαζόμενον τῷ σαββάτῳ, εἶπεν αὐτῷ,Ἄνθρωπε, εἰ μέν οἶδας τί ποιεῖς,μακάριοςεἶ ·εἰ δὲ μὴ οἶδας, ἐπικατάρατος καὶ παραβάτης εἶ τοῦ νόμου.

6 – Καὶ εἰσελθόντος αὐτοῦ πάλιν εἰς τὴν συναγωγὴν [.]σαββάτῳἐν …

eodem die uidens quendam operantem sabbato et dixit illi homo si quidem scis quod facis beatus es si autem nescis maledictus et trabaricator legis

6 Et cum introisset iterum in synagogam sabbato …

Le même jour, regardant quelqu’un travaillant le sabbat, il lui dit: » humain, si vraiment tu sais ce que tu fais, tu es heureux. Par contre si tu ne le sais pas, maudit et transgresseur tu es, de la loi !  »

6 – Et , étant entré de nouveau dans la synagogue en sabbat …

Cette remarque sera reprise par Kenyon en 1900 ( « Our Bible and the ancient manuscripts » , page 142 )

Puis par beaucoup d’autres à notre époque ….( « To Cast the First Stone: The Transmission of a Gospel Story De Jennifer Knust, Tommy Wasserman » ,2019, page 242 )

Nous pouvons donc conclure que ce qui a motivé les chercheurs du XIX siècle à choisir le texte de Luc VI afin de représenter le codex Bezae, n’a très probablement rien à voir avec notre énigme.

Mais …tout n’est pas si simple, c’est ce que j’expliquerai dans une deuxième partie .

* L’Arkhêgos

Dans l’étude précédente nous avons vu l’importance de la racine ἀρχ. Elle est « supérieure » aux autres mots que l’on peut utiliser dans la bible pour désigner un roi, un prince ou un maître  ( Prince ).

Il faut savoir que même le mot « télos » (τέλοϛ ) peut avoir cette notion de commandement (page 220: Des mots qui dans la langue Grecque… ). Donc un ἀρχ puis un τέλοϛ qui encadre une lecture, mettent en avant cette idée de commandement.

Cependant il faut rappeler que même dans le codex Vaticanus on retrouve cette façon de repérer un chapitre, et c’est pour cette raison que je dois nuancer ce que Parker dit quand il affirme que cette notation est unique dans le codex Bezae ( voir partie 1 de l’étude ). La différence semble être la façon de noter les lettres A et P qui sont très liées dans le cas du codex Vaticanus ainsi que la présence d’un τέλοϛ noté vraiment différemment.

Codex VATICANUS( 1409,1382,1384,1385,1471 )

* Notion de latin

À l’époque où fut annoté le codex Bezae ( du VI au IX siècle ), le latin était la langue utilisée à Lyon, mais aussi en Septimanie ( Langue parlée ).Au cours du temps le roman puis l’occitan l’ont remplacé.

Beaucoup de mots latins commencent par « arc » ( prononciation de ἀρχ ) et offrent des définitions qui ne peuvent que réjouir un chercheur RLCien. ( Dictionnaire Latin  ,pages 181-182 / 1440 )

arca, æ, f.coffre, armoire :

Arcădĭa, æ, f., Arcadie.

arcānum, ī, n. (arcanus), secret :

arcārĭus, a, um (arca), de coffre-fort,[c.-à-d.] relatif aux espèces, au numéraire :

arcĕra, æ, f., sorte de chariot couvert.

arcĭgĕrōn, ontis, m. (ἀρχιγέρων), chef des vieillards :

arcirma, æ, f., petit chariot :

arcĭtĕnēns (arquĭ-), tis, m. (arcus, teneo), porteur d’arc.

arcŭārĭus, a, um (arcus), qui concerne les arcs.

arcŭātim, adv., en forme d’arc .

arcŭātĭō, ōnis, f. (arcuo), arcade, arche.

arcŭātus ou arquātus, a, um, courbé en arc.

arcŭs ou arquŭs, ūs, m., arc .

Puis à la page 193

arx, arcis, f.citadelle, forteresse : place forte, ville : citadelle, défense, protection.

Cependant il est impossible d’affirmer que l’on peut y trouver la preuve de l’implication de l’annotateur L dans notre énigme. On ne peut juste que se poser des questions, et chacun y apportera sa propre réponse.

* Le sud de la France à l’époque de l’annotateur L

Au VIII siècle, l’Espagne puis la Septimanie subissent l’invasion islamique. En 719, après avoir conquis l’Hispanie wisigothique, les troupes musulmanes du califat omeyyade entrent en Septimanie, dernier territoire du Royaume wisigoth. Ce n’est qu’à la suite du troisième siège de Narbonne (752-759) que Pépin le bref met fin à la domination musulmane. Ce siècle a donc vu une migration importante des wisigoths vers le nord. À cette époque ces derniers n’étaient plus ceux d’Alaric et avaient depuis longtemps des échanges réguliers avec leurs « frères chrétiens » de Burgondie et d’Aquitaine .

* Théodulf et Leidrade

Théodulf d’Orléans avait des origines wisigothiques et était né vers 755 dans le nord-est de l’Espagne probablement en Catalogne ( région où l’on trouve des chrismes pyrénéens :Chrisme S). Sa famille s’établit aux alentours de 778 dans la région du Languedoc appelée Septimanie ( ou Gothie ). C’était un homme d’Église et un lettré de l’époque carolingienne qui fut ensuite évêque d’Orléans. Fort cultivé, il devint enseignant en Italie où il fut repéré par Charlemagne.

Leidrade fut évêque de Lyon. En 797-798 il fut envoyé par Charlemagne comme « missus dominicus » en compagnie de Théodulf, d’abord en Septimanie, puis en Espagne. Il entre alors en rapport avec Benoît d’Aniane et Nimfridius, abbé de Lagrasse et futur archevêque de Narbonne.

Leidrade eu comme élève Florus de Lyon qui dirigea ensuite l’école fondée par son maître. C’est ce dernier qui restaura le codex Bezae au IX siècle.

Le successeur de Leidrade à l’évêché de Lyon fut Agobard qui serait né en Espagne en 769. Ce dernier aurait gagné la région de Narbonne en 782 et se serait établi à Lyon en 792. L’origine hispanique, ou du moins Septimanienne d’Agobard est vraisemblable . Il est probable qu’il rencontra à Narbonne Benoît d’Aniane d’origine wisigothe.

Comme vous pouvez le constater, ces différents personnages qui gravitent autour de Lyon et de Rhedae se connaissent et se fréquentent.

En fait à cette époque, les wisigoths furent nombreux à apporter leur connaissance en Europe . ( L’Europe héritière de l’Espagne wisigothique de Jacques Fontaine et Christine Pellistrandi : En bas de page

* La Missi dominici

Théodulf a écrit le compte rendu de son voyage sous la forme d’un poème dont le titre est « parenesis ad judices ». On y retrouve le nom de Rhedae cité pour la première fois sous la déclinaison « rhedasque » :

( page 12 , 7eme ligne, Livre)

inde revisentes carcassona rhedasque

Theodulf et Leidrade étaient proches. Ils avaient beaucoup de respect l’un pour l’autre ( Theodulf , page 260 à 264 , pdf 287/379 ).

* Une simple hypothèse sans aucune ombre de preuve

Il n’est donc pas improbable qu’à cette époque « un secret » fut confié à Théodulf ( ou voir déjà connu par ce dernier ) et que l’annotateur L( Theodulf , Leidrade ou autre ) le consigna dans le codex Bezae au niveau du texte grec ( codex qui se trouvait à Lyon ). À cette époque, ce dernier devait être lu lors des messes dites en latin. Seul un prêtre pouvait alors comprendre la signification de « cet amas d’erreurs » inscrites dans la partie grecque.

* Germigny-des-Prés

À Germigny-des-Prés, à une trentaine de kilomètres d’Orléans, Théodulf fit édifier en 806 un oratoire qu’il orna d’une mosaïque absidiale d’inspiration byzantine. Elle représente l’Arche d’alliance entre deux chérubins, symbole qui remplace une représentation de Dieu ; cette chapelle est un des rares monuments d’époque carolingienne subsistant en France.La représentation de l’Arche accompagnée d’anges n’est pas surprenante. Elle est le reflet d’une querelle entre les iconophobes ( dont Theodulf ) et les iconoclastes. Je vous engage à lire la page de ce site et particulièrement les documents partagés à la fin de cette page.

Donc Théodulf ne pouvait pas représenter de figures humaines et encore moins Dieu. C’est pour cela qu’il représente des anges ( chérubins ) qui accompagnent l’arche, objet de la discussion.

Cette fresque est accompagnée d’une inscription :

ORACLUM SCM ET CERUBIN HIC ASPICE SPECTANS ET TESTAMENTI MICAT ARCA DEI HAEC CERNENS PRECIBUSQUE STUDENS PULSARE TONANTEM THEODULFUM VOTIS IUNGITO QUAESO TUIS »

( Oraculum s(an)c(tu)m et cerubin hic aspice spectans et testamenti en micat arca Dei. Haec cernens precibusque studens plusare Tonantem Theodulfum votis jungito quaeso tuis )

Que l’on peut traduire par :

Vois ici et contemple le Saint Oracle et ses chérubins, ici resplendit l’Arche du Testament Divin. Devant ce spectacle, efforce-toi de toucher par tes prières le Maître du Tonnerre et ne manque pas, je t’en prie, d’associer Théodulphe à tes vœux ».

Dans cette déclaration, un terme m’a interpellé : « le Maître du Tonnerre » .

C’est une bien étrange citation pour évoquer Dieu. J’ai recherché dans les évangiles un verset en relation avec « le tonnerre ». En fait il en existe deux.

Le premier parle de deux apôtres, les deux frères qui péchaient sur le lac de Genesareth.

Marc 3-17 Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques – il leur donna le nom de « Boanerguès », c’est-à-dire : « Fils du tonnerre »

Le deuxième est de loin le plus intéressant, car il y est question à la fois d’ange et de tonnerre, comme dans le cas de la représentation proposée par Theodulf :

En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »

Sur les centaines de versets que comptent les évangiles, il est ici question de Jean XII-29.

On peut y lire à la suite la réponse de Jésus : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors » ( codex Bezae :ἄρχων τοῦ κόσμου que l’on peut aussi traduire en latin par Rex Mundi )

* En conclusions

On ne peut pas tirer de conclusion définitive, mais pour le moins constater « des rapprochements » avec notre affaire.

Si le créateur du grand parchemin n’avait eu accès qu’à Vigouroux, il ne pouvait pas soupçonner la présence de l’annotation de la page 150b du codex Bezae et toutes ses particularités que j’ai expliquées au cours de cette étude.

Pour ma part il est fort possible que cette page 150b représente le codage historique de l’énigme. En comparant les différents documents ( stèle, petit parchemin etc …) nous trouvons une constante, l’évocation d’une direction sud-ouest qui prend sa source à Arques.

Mais nous sommes bien d’accord, tant que rien n’est vérifié sur le terrain, tout cela ne reste que des hypothèses.

 

 

Plusieurs mots grecs seront cités dans ce qui suit. Ils trouvent leur définition dans le Bailly , dictionnaire de grec ancien ( Dictionnaire Bailly)

* La double erreur sur ανναγνοσμα

Ce mot qui signifie «lecture» s’orthographie normalement ανάγνωσμα .

Ici aussi les deux erreurs sur ce mot (qui se trouve noté des dizaines de fois par l’annotateur L) sont incompréhensibles.

La première concerne le doublement de la lettre ν .

Il existe dans le codex des dizaines de mots ayant des sens différents et qui possèdent le groupement de lettres ανα ( avec un seul ν ).L’un d’eux concerne «la lecture», nous y reviendrons. Par contre, seuls deux mots contiennent le groupement αννα avec deux ν .

Le premier est le prénom Anna que l’on trouve dans Luc II-36:

καὶ [.] Ἅννα προφῆτις : Et Anna, une prophétesse…

Dans le dictionnaire Bailly, il est possible de vérifier qu’il est bien le seul à posséder le groupement αννα .

Lors de mes recherches, un chercheur en grec ancien m’avait proposé une déclinaison possible de «prophète» pour expliquer le mot προϕȣτησματων ( présent dans l’annotation de la page 150b ) . Nous savons maintenant que ce n’est pas le cas. Il est vrai que προϕȣτησ  ματων et προφῆτις ressemblent beaucoup. Le mot « prophète » et ses dérivés grecs, se retrouve de nombreuses fois dans les évangiles, c’est par exemple le cas dans Jean XII-38 ( προφήτου ).

Le second mot est propre à la bible et on le trouve dans un mot présent à deux endroits dans le codex Bezae , c’est le mot «Hosanna» : Matthieu 21-9 et surtout à Jean XII-13, dans le verset qui suit le texte du grand parchemin:

Ὡσαννά· εὐλογητὸς. ὁ ἐρχόμενος ἐν ὀνόματι Κυ [.] ὁ βασιλεὺς τοῦ Ἰστραήλ:

Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël!

Κυ est une «nomina sacra» qui signifie Κυριος ( seigneur ).

La deuxième erreur concerne la lettre ω transformée en ο dans le groupement γνω

Si l’on recherche dans le codex Bezae les mots qui contiennent ce groupement, on constate qu’on les trouve dans des mots relatifs à deux sujets : La connaissance ( gnose ) et la lecture.

Rien que dans l’évangile de Matthieu on trouve :

On peut constater qu’ici un seul mot concerne la «lecture»,c’est le mot ἀνγνωτε. Alors imaginez ce prêtre lire des dizaines de fois ce mot au cours de l’année, et vous comprendrez qu’il n’avait aucune raison de doubler la lettre ν et de remplacer l’oméga par l’omicron dans le mot ανάγνωσμα qui signifie aussi «lecture».

* La simplification ANNOCMA

Scrivener, Harris et Parker l’ont remarqué [ ANNAGNOCMA (F 120b/23 et 121b/13 effacés) et ANNOGMA (60b et 62b) ]. De mon côté je pense que cette simplification conduit au mot ANNOCMA et non ΑΝΝΟΓΜΑ comme vous pouvez le constater sur la photo suivante ( page 62b ).

Cette page cumule toutes les erreurs: SABATOY ( le S se note C ) avec un seul B , la simplification du mot ANNAGNOCMA , le doublement de N et l’omicron!

ANNOCMA rappelle le mot HOSANNA . Cette simplification « nous oriente » de façon plus claire sur la page 150b, celle qui concerne Jean XII que l’on trouve dans le grand parchemin. Elle nous invite aussi à nous intéresser aux deux pages de l’évangile qui concernent cette erreur. Il existe bien un lien entre ces deux pages, dans chacune d’elles il est question de roi, de maître et accessoirement de fortune et de trésor . Dans les mots concernant « le roi » on retrouve la racine βᾶς (ὁ) qui signifie « roi » et « prince » ( Bailly , page 486 ).

Page 60b, Matthieu XVIII 23-35: parabole de la dette ou du serviteur impitoyable

βασιλεία: royaume , βασιλεῖ: roi , ὁ Kς: le maître ;

μυρίων ταλάντων.: dix mille talents

Page 62b, Matthieu XIX 1626: parabole du jeune homme riche

βασιλείαν: royaume ,βασιλείαν: royauté.

θησαυρὸν: trésor, κτήματα : richesse.

* La faute Κυριάκη ( ΚΥΡΙΆΚΗ )

Cette faute est particulièrement intéressante, mais rappelons en quoi elle consiste. L’annotateur J a placé un accent ( ou un esprit ) sur la lettre α du mot Κυριακή.

Si vous recherchez tous les mots Κυριακή écrits par cet annotateur, vous constaterez qu’il n’y a jamais mis d’accent. Mais cela va plus loin, car si vous recherchez tout ce qu’a écrit l’annotateur J, vous constaterez qu’il n’a mis d’accent sur aucun mot.

Revenons au mot Κυριακή qui signifie « relatif au Seigneur ». C’est un mot féminin dérivé d’un mot masculin : o κυριακός = le seigneur. L’expression d’origine était τῇ κυριακῇ ἡμέρᾳ ( textuellement «le seigneur jour» ). On ne retient que la première partie avec un accent sur la dernière lettre, jamais autre chose.

Par exemple dans une messe, le mot «Seigneur» est prononcé un nombre incalculable de fois, alors comment peut-on imaginer qu’un prêtre annotant les textes en grec ne le connaisse pas.

En définitive le mot Κυριάκη n’existe pas. Alors pourquoi mettre un signe diacritique ( accent ou esprit* ) sur une lettre alors qu’il ne l’a jamais fait ? Pourquoi commettre une telle erreur en le plaçant à la mauvaise position ?

Je pense qu’il cherche à attirer l’attention, mais pas que …

Cette faute particulière doit avoir un but lié à cette orthographe. J’ai donc cherché tous les mots commençant par Κυριά , puis υριά , puis ριά et enfin ιά . Aucun mot ne correspond aux trois premiers cas par contre quelques-uns commencent par ιά et correspondent à deux notions : celle de «soigner» mais surtout celle de «jeter, lancer» .

lancer

ἰάλλω (impf. ἴαλλον, f. et pf. inus., ao. ἴηλα) I tr. 1 lancer, jeter, envoyer : ὀϊστὸν ἀπὸ νευρῆφιν, Il. 8, 300, 309, lancer un trait d’un arc ;

ἰάπτω, f. ἰάψω [ῑ] I tr. 1 lancer, envoyer : ἰ. βέλη εἴς τινα, Eschl. Ag. 510 ; ἐπί τινι, Eschl. Sept. 544, lancer des traits contre qqn ;

ἰάχω (seul. prés., impf. ἴαχον, ao. itér. ἰάχεσκον, pf. Ἴαχα) [ᾰ] I intr. 1 crier, pousser un cri,

soigner

ἰάομαι-ῶμαι (impf. ἰώμην, f. ἰάσομαι [ᾱ], ao. Ἰασάμην [ᾱσ], pf. ἴαμαι [ᾱ]) [ῑ] 1 moy. soigner, guérir

Ce n’est qu’une interprétation, mais nous verrons que d’autres éléments me poussent à croire que le but était de nous orienter vers le mot «arc». ( Arcus en latin ).

* En grec ancien , la règle sur les accents est compliquée, celle sur les esprits ( autres signes que l’on peut placer sur une lettre ) l’est beaucoup moins. Pour votre culture, un esprit rude indique que la lettre devait être prononcée comme précédée d’un H aspiré ( à l’opposé, l’esprit qualifié de doux correspond à l’absence d’esprit rude ). Ainsi ἵππος ,( hippos = cheval ) comporte un accent et un esprit rude sur sa première voyelle. La présence d’un H au début du mot «hippopotames» ( cheval de rivière ) retranscrit la présence ancienne d’un esprit rude. Je m’éloigne, revenons à l’étude.

* Focus sur les erreurs

La transformation de tous les mots Ανάγνωσμα en ανναγνοσμα a pour but de nous orienter vers la page 150b. L’utilisation inutile du mot περι dans des dizaines d’annotations avait le même but. Comme je l’ai précédemment expliqué, dans le rite byzantin, le week-end qui réunit le samedi de Lazare et le dimanche des rameaux ( des palmes ) est en dehors des semaines qui le suivent ou le précède, c’est vraiment un week-end particulier et c’est lors de ce dernier qu’est lu Jean XII 1-12 . L’annotation de la page 150 est la plus grande et celle qui comporte le plus d’erreurs ( sept erreurs ).

* au commencement il y avait ἀρχῇ

Dans la première expression du premier verset du premier livre de la bible il est écrit ἀρχῇ:

Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ θεὸς τὸν οὐρανὸν καὶ τὴν γῆν

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

Dans le Bailly, trois pages sont consacrées aux mots grecs commençant par ἀρχ ( 405-406-407 ). Elles expliquent que ce préfixe se trouve au début des mots qui expriment l’autorité ( le chef, le maître de…). Nous trouvons par exemple :

ἀρχι·πάτωρ, ορος (ὁ) patriarche,

ἀρχι·ποιμήν, ένος (ὁ) chef des bergers,

ἀρχι·προφήτης, ου (ὁ) chef des prophètes,

ἀρχός, οῦ (ὁ) celui qui conduit : guide, etc, etc …

Logiquement certains d’entre eux sont liés à la royauté:

ἀρχικός, ή, όν : I (ἀρχή, autorité) 1 qui concerne l’autorité ou le chef : ἀ. πυθμήν, Eschl. Ch. 260, souche royale ; ἀ. γένος, Thc. 2, 80 ; Plat. Rsp. 444 b, race royale

ἀρχ·ηγός, ός, όν :|| 2 chef, roi, Eschl. Ag. 259 ; particul. chef militaire, Sim. (Thc. 1, 132),d’où adj. τιμαὶ ἀρχηγοί, EuR. Tr. 196, honneurs royaux

Dans Jean XII on le trouve trois fois sous les formes:

ἀρχιερεῖς: les grands prêtres ( v10 )

ἄρχων τοῦ κόσμου: le prince de ce monde ( v31 ) ou roi du monde ( ἄρχων =chef, roi , Bailly page 408 ) qui se traduit en latin par Rex mundi .

ἀρχόντων: les chefs ( v42 )

Mais cette notion d’autorité est celle que nous retrouvions aussi dans un mot étudié précédemment, le mot κύριος,= seigneur , souverain, maître : ( Bailly 1411/2608 ).

* En conclusion

Toutes les notions de chef, roi, prince, seigneur, maître etc …nous conduisent à ἀρχ , « le commencement » que l’on trouve noté en haut de la page où se trouve le texte de Jean XII ( et non noté dans la marge comme toutes les autres fois ).

ἀρχή signifie aussi le point de départ, le bout, l’extrémité, et c’est à partir de ce point qu’une droite de direction Sud-Ouest peut-être tracée.

 

Après quelques notions de latin, j’expliquerai dans la dernière partie les événements historiques qui se rattachent aux lieux et à l’époque où furent réalisés ces annotations.

* Focus sur les interventions

Rappelons d’abord qu’une « main » ( une écriture …) ne correspond pas obligatoirement à une personne unique. Alors pour résumer et simplifier :

* Avant l’annotateur J, le codex Bezae était constitué d’un texte brut sans annotation dans la marge.

* L’annotateur J fut probablement le premier à écrire sur la page qui nous intéresse ( 150b, Jean XII, 1-12 ). Étrangement il ne réalisa qu’une seule annotation liturgique à la page 150b qui devait donc ressembler à ce qui suit :

* Probablement à la même époque l’annotateur M ( et peut être ses dérivés M2,M3 …) apporta d’autres annotations liturgiques ainsi que les Hermeneiai .

* Enfin l’annotateur L modifia profondément le codex Bezae, il rectifia notamment l’annotation précédente en :

* L’origine du codex Bezae

Il existe différentes écoles mettant en avant leurs arguments avec plus ou moins d’honnêteté. L’origine « du sud de la gaule » fut soutenue très tôt par Scholz , Scrivener, Harris et Sneyders de Vogel. De leurs côtés Parker, Stone, Lowe et Brightman l’ont écarté en survolant les arguments et en minimisant ceux qui leur étaient contraires ( notamment la comparaison des sortes avec celles du codex Saint Germain proposée par Harris). Brightman explique par exemple que les notes liturgiques n’étaient pas celles utilisées dans l’église en Gaule, il en a donc conclu que le codex n’avait pas cette origine ( en réalité le codex présente parfois un mélange des deux, Harris page 30,31 ). Le seul argument qui semble trouver grâce à leurs yeux est le fait que les verbes en latin de la troisième conjugaison aient tendance à devenir de la seconde.

Ce qui me semble cohérent est que ce texte est fortement marqué par une origine byzantine, origine qui s’est progressivement atténuée au cours des siècles. Irénée de Lyon utilisait principalement le grec et des échanges avec d’autres églises orientales ont continué à se réaliser après sa mort. Il est logique qu’un « foyer religieux de culture grecque » ait existé ensuite sur Lyon. De plus il ne me semble pas cohérent qu’un manuscrit produit et utilisé en orient (et n’étant bizarrement plus annoté depuis le VI siècle )  fut envoyé à Lyon au XI siècle dans le but d’y subir une restauration . Ensuite il n’en serait plus ressorti (ou revenu, puis à nouveau reparti …) pour être enfin retrouvé en 1562 par Théodore de Bèze ! . La « caractéristique orientale » des annotations donne une idée de la culture des annotateurs et non obligatoirement du lieu où ils résident.

À ma connaissance, aucun des chercheurs ne s’est intéressé au chrisme de la page 150 et à sa particularité de présenter deux lettres « S » dans sa partie inférieure. Cette caractéristique n’est pas sans rappeler celle que présentent les chrismes pyrénéens . Après de nombreuses recherches, je n’ai jamais trouvé de modèles ressemblant en orient. ( chrismes sud ouest )

* L’erreur est humaine …

L’erreur est humaine, mais elle a ses limites. Quoi qu’il en soit elle doit pouvoir s’expliquer.

Parmi les erreurs relevées nous trouvons une énorme faute d’orthographe jamais rectifiée, celle qui concerne le mot Sabbato orthographiée par deux fois Sabato ( voir trois fois, cf Kipling ).

Alors comment peut-on imaginer qu’un prêtre :

– capabledeliredestexteslatinsetgrecssansponctuationsetséparationsdesmots

– lisant ce mot en grec ou en latin des centaines de fois au cours de l’année ( car présents dans le codex )  avec la même orthographe qui comporte deux lettres « B » (σαββατο , sabbato ).

,l’orthographie à deux occasions avec une seule lettre !

On ne peut pas évoquer l’erreur d’inattention, car cette erreur ne fut jamais rectifiée.

De la même façon les erreurs sur les dizaines de mots περι transformé trois fois en περη sont inexplicables.

Je débute en grec, mais le fait de ne pas mettre le bon article afin de respecter les déclinaisons d’un mot « me saute aux yeux » et me paraît complètement aberrant ( « το κυριακη » en page 150 ), pourtant je suis très loin d’avoir le niveau en grec de ce prêtre capable d’annoter un codex. Ceci est d’autant plus incompréhensible quand on constate que dans le reste du codex, il respecte le génitif pour toutes les autres annotations ( του σαββατου , του κυριακη ).

Selon Harris l’annotateur L maîtrise mieux le latin que le grec. Je veux bien le croire, mais alors pourquoi chercher à annoter le texte grec et non le texte latin ?

Selon Parker il se trouve en Orient alors pourquoi est-il si mauvais en grec ?

Cependant, certains chercheurs se sont quand même posé des questions. Par exemple Harris ( « A study of the so-called western text of the new testament », 1891, page 14 ) s’étonne à juste titre que les lectures de plusieurs samedis et dimanches (ανναγνοσμα souvent suivi de περι του σαββατου ou περι του κυριακη ) ne soient pas accompagnées d’une indication sur l’événement concerné . Ce même auteur avait, je le rappelle, relevé la confusion entre les samedis et dimanches.

La seule explication logique est que certaines de ces erreurs soient faites dans le but d’attirer l’attention.

Si c’est le cas, il doit y avoir une cohérence dans ces erreurs ( que l’on ne retrouve pas dans le cas d’erreurs aléatoires ) et c’est ce que je vais chercher à vérifier.

* La samedi de Lazare

Pour les chrétiens orthodoxes et les catholiques orientaux, la période de la Pâques est différente de celle vécue en occident. Le samedi de Lazare est en dehors des quarante jours de pénitence du Carême comme il est aussi en dehors de la Semaine Sainte. En fait le samedi de Lazare associé au dimanche des rameaux constitue une période à part dans la liturgie byzantine. La lecture de la page 150 du codex concerne cette période et Harris se demande si cette lecture ne se faisait pas lors d’un Baptême réalisé un des dimanches avant Pâques. En fait cette lecture concernait très probablement le samedi de Lazare, deux arguments le montre.

Le premier est que c’est lors de ce samedi particulier que se faisaient des baptêmes, comme l’explique Brightman dans la partie précédente ( à l’époque les baptêmes se faisaient à quelques dates précises ). L’auteur de l’article suivant explique en page 111 que le mot ϕώτισμα que l’on trouve dans προϕώτισμα étaient synonymes de baptême.( Recherches au mont Athos )

Le deuxième nous est donné par le célèbre CabrolLes églises de Jérusalem…  page 83,84,85 et 86 , pdf 98 à 101/226 ). L’évangile de Jean XII 1-12 était lu lors du samedi de Lazare dans la liturgie orientale au IV siècle . Cet évangile a la particularité de présenter une première partie concernant Lazare pouvant être lue le samedi de Lazare, suivie d’une deuxième partie pouvant être lue le jour des rameaux. Cependant il est aussi possible qu’il soit question d’un dimanche de Lazare que l’on trouve dans la liturgie Mozarabe et gallicane ( voir page 83 où il est question de missel gothique ), je développerai dans la troisième partie.

Donc le texte de la page 150 concernait probablement un samedi (σαββατο) et non un dimanche ( κυριακη ). Comme je l’ai déjà précisé, cette confusion entre les deux jours, identifiée par Harris se retrouve plusieurs fois dans les annotations du codex . En fait le samedi ainsi que le dimanche qui le suit sont intimement liés et c’est ce que l’annotateur L va essayer de nous faire comprendre par différentes erreurs, ceci afin de souligner l’importance de la page 150.

* L’erreur περη et le grand parchemin

L’étude « Ad Genesareth » démontre qu’il n’a pas de hasard dans ces erreurs et que l’auteur du grand parchemin connaissait cette particularité. Il reste à essayer d’en comprendre le but. Je veux préciser que ce qui vient d’être dit est un fait vérifiable alors que ce qui va suivre est une interprétation.

Le mot περι signifie « vers » et l’expression « ad Genesareth » signifie « vers Genesareth ». Il faut aussi se mettre à la place d’un prêtre, dont la vie est rythmée par la lecture quotidienne des évangiles, afin de comprendre quelle sera sa façon de raisonner.

Dans les évangiles cités, les disciples assis dans leur barque se dirigent vers Genesareth situé sur la rive occidentale du lac de Genesareth, il faut alors s’intéresser au lieu qu’ils viennent de quitter. Ce lieu est Bethsaïde situé au nord du lac de Genesareth. Je pense que l’erreur sur le mot περι a pour but de nous faire comprendre qu’il est ici question de direction, et plus exactement d’une direction sud-ouest. J’y retrouve la même notion expliquée dans différents documents relatifs à notre affaire.

1 – la direction de Bethsaïde vers Genesareth.

2 – la direction suggérée en page 150.

3 – la direction M de la stèle.

4 – la direction de la croix de Dieu dans LVL

5 – la direction de la dalle

6 – La direction du petit parchemin

7 – la direction représentée par le bâton du berger qui passe par le col d’Al Pastre et par le pas de la Roque.

8 – la direction de la pierre de Coumesourde.

Nous verrons dans la troisième partie de l’étude ce qu’il en est des autres erreurs.