Analyse picturale des autoportraits

Avant de commencer cette analyse, il faut expliquer l’intérêt d’étudier ces trois autoportraits .

Je suis de ceux qui pensent que le tableau « des bergers d’Arcadie » est bien un des documents en relation avec notre affaire, non pas parce que Plantard nous le fait découvrir dans la résolution de l’énigme du grand parchemin ( même si je continue à penser que les documents dont il dispose sont de première qualité, et nous en reparlerons dans la troisième partie de cette étude), mais parce que l’abbé Boudet le fait comprendre dans LVL Celtique. Donc si l’on part du postulat que Nicolas Poussin détient un secret ( voir lettre de Louis Fouquet à son frère du 17 avril 1656 ) et qu’il l’a représenté dans son tableau, alors s’il doit l’évoquer une dernière fois, il le fera très logiquement sur ses trois autoportraits qui résument en quelque sorte sa vie.

Pour certains experts de la peinture, il existe bien un lien entre ces quatre tableaux, comme l’explique Monsieur Batschmann en page 122 de son livre « Dialectique de la peinture » :

Nouant l’ombre, la lumière et l’inscription, l’Autoportrait II ( version Louvres ) reprend les éléments fondamentaux d’un tableau peint quelque dix ans auparavant, la seconde version de Et in arcadia Ego.

En effet, sur tous les tableaux peint par Poussin, seules les deux versions « des bergers d’Arcadie » et les trois versions d’autoportraits possèdent « des mots écrits » sur la toile ( bien que j’apporterai une petite rectification le moment venu ).

* La version du Louvre

Elle fut décrite mainte fois par les spécialistes du peintre. Reprenons celle proposée par Frédéric Villot, conservateur du musée du Louvre en 1855 :

Il faut aussi souligner que la bague porte un diamant en forme de pyramide ( Angélique COATLÉVEN-BRUN1 , « La peinture prise aux lettres », citation de Louis Marin ,pdf 168/346 )

Mais c’est surtout une partie de tableau sur lequel le visage d’une dame coiffée d’un diadème qui attire l’attention. Le diadème porte un œil, et deux bras semblent vouloir enlacer cette personne.

Pour beaucoup de spécialistes de la peinture, dont Stéphane Loire (conservateur en chef du département des peintures du Louvre) nous avons là une allégorie de l’amitié, mais pour d’autres elle représente la figure de la peinture.

Allégorie ou non, en fait personne en a une idée précise, mais il est certain que l’identification du personnage pourrait nous apporter des éléments de réponse.

Pour certains la dame serait d’origine grecque, car son nez est droit. Serait-ce alors une représentation de la déesse Héra, avec un des yeux du paon représenté sur sa couronne ?

Pour ma part je ne le pense pas. De mon côté il s’agit de la fille du pharaon qui recueillit Moïse. C’est aussi ce que pense Philippe de Champagne , peintre contemporain et ami de Poussin qui fut le premier à reconnaître ce personnage présent dans une peinture du maître des Andelys:(« Le Poussin, sa vie et son œuvre » , Philippe de Champagne2 ) :

En effet on reconnaît dans la deuxième version du « Moïse sauvé des eaux » de 1747 ,cette dame vue de face portant le diadème.

Dans ce cas l’œil symboliserait celui d’Horus ou œil de la providence, et les bras seraient peut-être ceux de Moïse, reprenant la position horizontale quand on représente Horus enlaçant l’œil Oudjat ( œil gauche, comme sur la peinture de l’autoportrait ).

Mais à n’en pas douter, Nicolas Poussin connaissait l’histoire d’Horus, il savait aussi que l’œil de la providence représente Dieu. Si l’on accepte ce constat, alors il est possible que le diamant en forme de pyramide permettait d’évoquer « une lecture égyptienne » de ce portrait de femme, ce qui sera confirmé par d’autres éléments présentés dans la partie 3 de l’étude.

* Les versions de Berlin et Londres

Le décor est très différent. Derrière le buste de Poussin on aperçoit une plaque de pierre flanquée de deux putti réalisés en bas relief et liés entre eux par un feston de laurier.

Depuis longtemps les deux putti ( angelots ou chérubins ) furent identifiés. Nicolas Poussin s’inspira d’un monument funéraire réalisé par son ami Duquesnoy3 qui est la tombe de Ferdinand van den Eynde4 ( voir document Guerdat, page 4 ).

À la différence de Duquesnoy, c’est un feston en forme d’arc tenu par deux Putti se faisant dos que Poussin a choisi de représenter. Il est difficile de vérifier la présence ou l’absence d’ailes, car le feston et la plaque masquent une partie du dos des deux chérubins, mais aucun doute n’existe sur leur nature angélique.

Nicolas Poussin tient dans la main gauche un porte-crayon, peut-être doit-on y voir une invitation à nous intéresser sur ce qui vient d’être écrit par lui. C’est ce que nous ferons dans une troisième partie consacrée à l’analyse des phrases écrites sur ces tableaux, qui dévoilera des éléments très intéressants en regard de ce que nous venons de mettre en évidence dans cette analyse picturale que nous allons résumer :

Il se pourrait que dans ces autoportraits, il soit question de Moïse et de Dieu, de chérubin et « d’arc », et de la phrase latine ET IN ARCADIA EGO *** , à suivre…

(1) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00748596/file/1._-_THESE-Coatleven-Brun.pdf

(2)https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5780009m.texteImage

(3)François Duquesnoy , peintre et ami de Poussin partagea à Rome un logement Via Paolina avec ce dernier.Selon les premiers biographes, lorsque Duquesnoy est arrivé à Rome en 1618, il a étudié la sculpture antique en détail, grimpant sur l’ équestre Marcus Aurelius pour déterminer comment il a été coulé, ou faisant un pèlerinage au sanctuaire de Diane au lac Nemi . En 1624, Nicolas Poussin , qui partageait son style de représentation classique et émotionnellement détaché, arriva à Rome et les deux artistes étrangers se logèrent ensemble. Tous deux ont évolué dans le cercle de patronage de Cassiano dal Pozzo.

(4)https://en.wikipedia.org/wiki/Tomb_of_Ferdinand_van_den_Eynde

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