Un pléonasme

C’est afin d’éviter le massacre des innocents perpétré par Hérode, que la Sainte famille fuit en Égypte, on retrouve ce passage uniquement dans l’évangile de Saint Matthieu. Ce massacre fait écho à celui des enfants mâles décidé par le pharaon ( exode 2 1-10 ) et c’est ainsi que le Christ « sauveur » est identifié à Moïse1 à l’époque de Nicolas Poussin.

Dans la tradition chrétienne Moïse2 signifie « sauvé des eaux » et en cela « Moïse sauvé » constitue un pléonasme. Le terme mis en exergue est donc « sauvé » que l’on retrouve dans le mot « sauveur » quand il est question du Christ. En latin « sauvé , hors de péril » se dit SALVI au génitif singulier. De la même façon que le tableau relatif à l’ordination mettait en évidence les lettres LAV dans le mot CLAVI ( clé ), les tableaux relatifs à « Moïse sauvé des eaux » mettent en évidence ces mêmes lettres sous la forme ALV dans le mot SALVI .

Si dans le tableau « Moïse exposé sur les eaux » ( et non sauvé ) on peut observer deux toitures côte à côte qui reprennent bien les formes arquée et triangulaire, on ne retrouve pas la succession ( I m ) caractéristique des autres tableaux . Cependant on peut constater la présence d’un arc qui nous le verrons bientôt, est une évocation particulièrement mise en évidence dans la série de tableaux relatifs à « Moïse sauvé des eaux ».

DE LUMINE ET COLORE

Cette inscription fut rajoutée tardivement sur la version Berlinoise et c’est pour cette raison qu’elle fut masquée lors de la restauration, mais elle est bien présente depuis la création du tableau dans la version Gimpel .Monsieur de Chantelou s’y intéressa et selon lui, Monsieur Cerisiers dit avoir vu un livre écrit par Monsieur Poussin traitant de la lumière et des ombres, des couleurs et des proportions. Il contacta Jean Dughet pour en savoir un peu plus. Voici ce que ce dernier lui répondit:

« Vous m’écrivez que M. Cerisiers vous a dit avoir vu un livre fait par M. Poussin, lequel traite de la lumière et des ombres, des couleurs et des proportions il n’y a rien de vrai dans tout cela. Cependant il est constant que j’ai entre les mains certains manuscrits qui traitent des lumières et des ombres mais ils ne sont pas de M. Poussin, ce sont des passages extraits par moi, d’après son ordre, d’un ouvrage original que le cardinal Barberini possède dans sa bibliothèque ; l’auteur de cet ouvrage est le père Matteo4, maître de perspective du Dominiquin, et il y a bien des années que M. Poussin m’en fit copier une bonne partie avant que nous allassions à Paris, comme il me fit copier aussi quelques règles de Vitellione ; voilà ce qui a fait croire à beaucoup de personnes que M. Poussin en était l’auteur. »

Monsieur Cerisiers n’aurait-il pas simplement vu cette inscription sur la tranche du livre tenu par le maître sur l’un des auto-portraits ?

On retrouve bien l’inscription DE LVMINE ET COLORE sur la gravure réalisée pour Cerisier par Jean Pesne ;

Cette inscription sera reprise et modifiée dans une gravure de l’auto-portrait de Poussin ( Nicolo PVSSINO en italien) sous la forme « DE LVM ET VMB(RA) » faite par Clouet5 et qui se trouve dans le livre de Bellori6 édité en 1672.

Cette gravure très intéressante est une synthèse des deux versions d’auto-portraits où l’on peut retrouver l’inscription sur la tranche du livre et les festons des versions Londonienne et Berlinoise, ainsi que « le livre fermé par un lien»( symbole du secret ) et les tableaux d’arrière-plan de la version du Louvre. Il est très probable qu’elle fut réalisée à l’époque où les deux versions se trouvaient dans l’atelier de Poussin en Italie. On peut alors penser qu’un Nicolas Poussin soucieux de l’image que l’on pouvait donner de lui ( voir lettre à Chantelou du 16 août 1648 ) ait eu son mot à dire sur ce que Clouet pouvait faire et avec quels détails il devait le représenter.

Quelle que soit la représentation, c’est bien le mot LVMINE ( lumière, symbole de la connaissance) qui est mis en valeur, qu’il soit associé avec COLORE ou VMBRE. Il présente lui aussi la particularité de proposer les lettres qui expliquent l’énigme : L=I associé avec V ils forment IVI soit M, avec N qui les rassemble. Ce n’est qu’une interprétation, mais on peut remarquer la fréquence importante de ces lettres évoquées dans les différents tableaux.

Arca

L’Arche de Noé et la caisse dans laquelle Yokébed expose Moïse sur le Nil viennent de l’hébreu tevah. L’Arche d’alliance que l’on retrouvera successivement dans le tabernacle de l’exode puis le Saint des saints du Temple de Jérusalem vient de l’hébreu arôn. Les deux termes hébreux ont été traduits dans la Vulgate par un terme latin unique arca signifiant notamment coffre, mais aussi sarcophage, cercueil. On retrouve l’allusion à l’arche dans les différentes versions de  Moïse sauvé des eaux. C’est une arche de pierre en haut à gauche dans la version de 1638 et c’est un bateau « arqué » dans les versions de 1651 et 1647 . Dans cette dernière ( celle dont Nicolas Poussin fera référence dans l’autoportrait de Chantelou en représentant une princesse égyptienne vers laquelle deux bras se tendent), un objet très particulier a été peint en bas à gauche du tableau, il s’agit d’un sistre7.

C’est un instrument de musique ancien composé d’un arc. Il fut utilisé par les Égyptiens mais aussi par les Hébreux. Ainsi on peut lire dans Samuel chapitre 6 :

2S 6:5- David et toute la maison d’Israël dansaient devant Yahvé de toutes leurs forces, en chantant au son des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales.

Mais il faut préciser dans quel contexte fut utilisé cet instrument et il suffit alors de lire la ligne juste au-dessus …

2S 6:4- Uzza marchait à côté de l’arche de Dieu et Ahyo marchait devant elle.

Le texte complet nous dit :

2S 6:1- David rassembla encore toute l’élite d’Israël, trente mille hommes.

2S 6:2- S’étant mis en route, David et toute l’armée qui l’accompagnait partirent pour Baala de Juda, afin de faire monter de là l’arche de Dieu, qui porte le nom de Yahvé Sabaot, siégeant sur les chérubins.

2S 6:3- On chargea l’arche de Dieu sur un chariot neuf et on l’emporta de la maison d’Abinadab, qui est sur la colline. Uzza et Ahyo, les fils d’Abinadab, conduisaient le chariot.

Pour terminer … Faut-il préciser que le mot arca se retrouve en partie dans « la phrase » ET IN ARCADIA EGO ?

CONCLUSION

L’étude des trois autoportraits nous a permis de découvrir d’autres tableaux de Nicolas Poussin présentant des similitudes : l’ordination2 et les trois versions de Moïse sauvé  des eaux .

Les références aux lettres LAV et à l’arche y sont nombreuses.

LVL Celtique de l’abbé Boudet ( LA VRAIE LANGUE CELTIQUE8 ) propose les mêmes similitudes. Les erreurs ( page 38,170, 316,376,399 ) portent sur les mêmes lettres, et la référence à l’arche d’alliance y est prépondérante.

Il faut rappeler qu’une grande majorité des mots proposés par l’abbé découlent du verbe to LAY  ( LVL page 75 ), lui-même composé des mêmes lettres ( LAV = LAY ).C’est peut-être le hasard qui fera que l’on retrouvera en page 292 la clé (clay ) associée à to ease ( ize,isele verbe anglais qui permet de définir Moïse ( page 70 ) dans la définition de Gléizole .
Mais la méthode de l’abbé est de décliner phonétiquement les mots (LVL dévoilée ) et l’on comprend alors qu’il ait choisi des synonymes de allée , tel que to allay et aleth qui sont des dérivés de LAY pour nous expliquer la clé IVI, car si l’on traduit la phrase latine ET IN ARCADIA EGO IVI on obtient : Moi aussi je suis allé en Arcadie.

Nous savons que אל « EL » signifie « Dieu » en Hébreux ( aleph avec un tséré ) mais il faut aussi préciser que אל  est une préposition qui signifie « vers », préposition qui indique une direction ( aleph avec un ségol ) . On comprend alors que Nicolas Poussin ait voulu donner des postures particulières aux personnages dans le tableau des Bergers d’Arcadie car il voulait nous monter le palindrome לא/\\אל ( séparé par des vav ou lettre V dont l’écriture se résume au tracé d’un bâton ) qui signifie à la fois les sept négations présentes dans les dix commandements ( לא veut dire « non », c’est le mot le plus utilisé de cette langue ), le mot « Dieu » et le mot « vers » indiquant l’idée du déplacement que l’on trouve dans le verbe « aller ».   

(1) Poussin et Dieu  ( Poussin et Moïse )  page 6/50

(2) En réalité le terme exact utilisé dans l’exode est « retiré » ( משהMSH, Mosheh ou Moshé en hébreux ;Exode 2-10 « Quia de aqua tuli eum. » en latin) ,mais actuellement cette interprétation est remise en question. Le nom Moïse serait d’origine égyptienne et dériverait du mot « enfanter ».

(3) Lettre Dughet à Chantelou  page 728

(4) Mattéo Zaccolini était un fervent admirateur de Léonard de Vinci . Selon le premier biographe de Zaccolini, Cassiano dal Pozzo , la première version du manuscrit a été écrite en script miroir qui, comme le contenu du manuscrit, a révélé l’influence des écrits de Léonard. Il est surtout connu pour un traité en quatre volumes, écrit 1618–1622, sur la théorie de la peinture avec des titres: De Colori , Prospettiva del Colore , Prospettiva lineale et Della Descrittione dell’Ombre prodotte da corpi opachi rettilinei . Ces travaux, bien que n’étant pas en circulation générale, lui ont valu une renommée parmi les cercles éclectiques à Rome. En 1666, l’historien et camarade Théatine Giuseppe Silos décrit Zaccolini comme l’un des « génies de notre ordre et des hommes les plus admirables de son âge ». Bellori l’a décrit comme un maître de la perspective et de l’optique, et comme ayant enseigné à Domenichino , Gagliardi , Circignani et Cavaliere d’Arpino entre autres.

(5) Albertus Clouwet (variations de nom: Albertus Clouet, Albert Clowet, Aubert Clouwet, Haubertus Clouwet, Albertus Cluet, surnom Zandzak) (1636, Anvers – 1679, Naples ), était un graveur flamand qui avait une carrière réussie en Italie.

(6) BelloriVite de’ pittori, scultori e architecti moderni  page 421/481 

(7) Sistre

(8) LA VRAIE LANGUE CELTIQUE

 

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