LE CODEX BEZAE ET LA DALLE ( partie 1 )

* Les parchemins

Depuis quelques années, nous connaissons le texte de base qui fut utilisé lors de la création du petit parchemin, je parle bien entendu du codex Bezae. Et depuis cette date nous savons que le grand parchemin n’a pas été réalisé à partir de ce même codex, mais a été créé à son image, c’est-à-dire en imitant l’écriture onciale. C’est une des raisons qui font que je pense qu’ils ne furent pas crée par la même personne .De plus, l’analyse du petit parchemin nous conduit au même lieu, alors que le grand parchemin nous propose un codage complexe impossible à résoudre sans connaître chaque étape, et dont la solution n’est qu’une nouvelle énigme. Ceci dit, l’évangile qui fut choisi pour élaborer ce dernier ( Jean XII ) n’est pas quelconque, car dans le codex Bezae on le trouve associé à quelques mots grecs :

ΑΝΝΑΓΝΟC/ΜΑΠΕΡΗ/ΤHΚΥΡΙΆKH/ΤωΝΠΡΟΦ(ΟΥ)ΤΗC/ΜΑΤωΝ

et symboles qui nous rappellent l’énigme de la dalle ( https://cudl.lib.cam.ac.uk/view/MS-NN-00002-00041/270 ) et c’est à ceux-ci que nous allons nous intéresser.

Mais dans un premier temps, rappelons l’historique du codex.

* Le codex Bezae

Ce codex bilingue ( grec-latin ) est probablement la copie d’un texte plus ancien apporté en Gaule par Irénée dans les années 170. Selon F.Scrivener il fut crée dans le Sud de la France, mais d’autres origines sont proposés par différents chercheurs. Il fut retrouvé à Lyon lors des guerres de religion et sauvé par Théodore de Beze qui l’envoya ensuite en Angleterre, ce qui lui vaudra le nom complet de « Codex Bezae Cantabrigensis ».

Cet ouvrage possède deux types d’annotations réalisées essentiellement sur les pages Grecques.

Les premières plus récentes ( probablement entre le IV et le XI siècle ) ont pour but de repérer des lectures qui seront faites à des temps liturgiques particuliers. Les spécialistes ( Scrivener, Harris, Parker… ) estiment qu’elles furent écrites par une dizaine de personnes différentes. Identifiées par les premières lettres de l’alphabet, ils sont appelés correcteurs ou annotateurs. Ces scripteurs préparent le codex qui devient ainsi un lectionnaire.

Les secondes plus anciennes furent réalisées dans un but peu connu, que les spécialistes appellent PROSERMENEIAI ou HERMENEIAI . Ce sont des sentences divinatoires destinées à répondre à des intentions précises. En cela elles ressemblent aux réponses des oracles que l’on venait interroger dans la Grèce antique ( https://brill.com/view/book/edcoll/9789004379916/BP000006.xml ).

* Notions de grec ancien

Afin de comprendre la suite de cette étude, il faut connaître quelques notions de cette langue que j’ai découverte récemment. Pour les traductions, j’ai bénéficié de l’aide de deux spécialistes en grec ancien sans lesquels je n’aurai pas pu avancer dans mes recherches, et je les en remercie de nouveau.

Le grec ancien ( comme le latin ) est une langue flexionnelle qui se décline, c’est-à-dire que dans une phrase, la fonction d’un mot est précisée par une terminaison appelée désinence, ce qui a pour conséquence que la place du mot dans la phrase n’a pas d’importance. En français il n’y a pas de déclinaison, car l’ordre des mots précise la fonction. Nous commençons par exemple une phrase par un sujet, suivi du verbe puis du ou des compléments d’objet pour les verbes transitifs.

Ainsi en grec ancien chaque mot se décline en fonction de son rôle. Il existe trois déclinaisons, et chacune possède cinq cas que l’on peut expliquer sommairement :

– Le nominatif qui représente le sujet

– l’accusatif qui est le complément d’objet direct

– le génitif ou complément du nom.

– Le datif ou complément d’objet indirect,

– Enfin le vocatif utilisé dans une conversation pour interpeller quelqu’un . Ce dernier cas ne nous intéressera pas dans l’étude qui va suivre.

Dans un dictionnaire grec on vous indique en premier lieu le nominatif, suivi de la désinence du génitif, ce qui permet de décliner le mot.

Par exemple « le nom » se dit en grec ancien τὸ ὄνομα ( on cite le nominatif ) et dont la translittération en français donne « to onoma » .On peut décomposer ce mot en deux parties, son radical ὄνο suivit de la désinence caractéristique des mots neutres : μα .

C’est un mot qui obéit à la troisième déclinaison, et particulièrement à celle des noms neutres ( ni masculin, ni féminin ) au thème consonantique. On retrouve la racine dans le mot onomatopée ( ou littéralement « création de mot » ) .

Pour information le mot commence par omicron ( o court , prononcé brièvement, à la différence de ω oméga ou o long ), il est surmonté d’un accent aigu ( donc on prononce plus fortement sur cette voyelle ) et d’un esprit doux ( donc pas d’aspiration ).

Chaque article subit aussi la déclinaison comme on peut le constater dans le tableau suivant :

τὸ ὄνομα, –ατος = le nom

Singulier

Pluriel

Nominatif

τὸ ὄνομα

τὰ   ὀνόματα

Vocatif

ὄνομα

ὀνόματα

Accusatif

τὸ ὄνομα

τὰ   ὀνόματα

Génitif

τοῦ ὀνόματος

τῶν ὀνομάτων

Datif

τῷ ὀνόματι

τοῖς ὀνόμασι[ν]

Pour le datif pluriel on rajoute si nécessaire un ν (nu ) pour éviter un hiatus, soit deux voyelles qui se suivent, rendant ainsi la lecture difficile.

Par exemple si je commence une phrase par : Les noms sont faciles à écrire…,alors « Les noms » forme le groupe sujet, donc il sera mis au nominatif soit τὰ  ὀνόματα ( ta onomata ) et il pourra être placé n’importe où dans la phrase.

On retrouve la même chose en latin, et souvent le verbe est rejeté à la fin de la phrase, ainsi on peut dire : Et in arcadia ego ivi, « moi aussi je suis allé et je suis en Arcadie ». arcadia peut être le nominatif, le vocatif ou l’ablatif selon l’accent que l’on place sur la dernière lettre « a ». In est une préposition qui s’emploie à l’accusatif et à l’ablatif, donc arcadia est à l’ablatif.

Mais revenons aux annotations grecques de la page 150v…

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