LA CROIX DU PETIT CROMLECK OU CROIX DE L’OSTIE

Cette dernière croix ( enfin presque …) est la croix la moins évidente à trouver. À la différence des deux autres, c’est plus une notion de « forme ronde » qui fait le lien entre les différents lieux permettant de la construire. Malgré cette différence, elle n’en reste pas moins bien réelle, avec ses mots-relais, comme vous aurez l’occasion de le vérifier. C’est la croix du petit cromleck, donc elle n’a pas la même signification que les deux autres. C’est aussi la plus grande des croix.

* Le tracé

Il va commencer grâce à une expression que l’on ne trouve que trois fois dans le livre, et dont deux concernant les paragraphes VII et VIII relatifs à la carte. Cette expression parle de « grosses pierres rondes »

page 167

Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain et de to like (laïke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes.

page 232

Sur ce point très élevé, on aperçoit une réunion de fortes roches portant le nom de Cugulhou. Cette masse n’est point en entier naturelle ; le travail des Celtes y apparaît fort clairement dans les huit ou dix grosses pierres rondes transportées et placées sur le sommet du mégalithe.( 1 )

page 244-245

Le plus remarquable est situé en face de la Borde-neuve, tout près d’une grande pierre carrée, étrangement posée en équilibre sur une roche. Ce dolmen, fermé à une extrémité, offre l’image d’une grotte. En se plaçant sur le chemin conduisant à Sougraignes, l’œil distingue aisément la structure de toutes ses parties. Tout à fait dans le haut, directement au-dessus du dolmen, une roche de la crête porte une croix grecque gravée dans la pierre : c’est la plus grande de toutes celles qui nous a été donné de reconnaître.

Les deux pages avec les images : Les Roulers et la Pierre levée

En se rapprochant de l’ancien chemin de Bugarach, à la même hauteur que celle du dolmen, une roche énorme est ornée d’une pierre assez forte présentant la forme ronde du pain.( 6 )

Mais avant cela, commençons par tracer les contours du petit cromleck. La description faite par l’abbé n’est pas très précise pour déterminer sa forme exacte mais grossièrement il ressemble à un triskell celtique. La forme n’a pas vraiment d’importance par contre il commence puis se termine au cercle et son centre est le roucats. C’est par ce lieu que passe notre première droite.

page 244

Un second cromleck, d’une moindre étendue, est enfermé dans celui que nous avons tâché de retracer. Partant du hameau du Cercle, vers le milieu du flanc de la montagne, il suit par l’Illète jusqu’au ruisseau de Trinque-Bouteille, se dessine ensuite sur la pente du Serbaïrou la plus rapprochée des rivières de la Blanque et de la Sals, reprend au Roukats, pour se terminer en face du hameau du Cercle, son point de départ.

Le roukats est un lieu particulier. Il possède dans ce livre deux orthographes anglaise et française :

– en français l’une est avec un « k » et l’autre avec un « c ».

– en anglais il est question de ronghcast, ( page 293 ) mot qui n’existe pas dans le Sadler, par contre il est correctement orthographié en page 19 : to Roughcast (reuffcast), tailler grossièrement.

Le but est double, il permet d’indiquer que ce lieu fait partie de deux figures ( l’arc et la croix ) mais aussi d’évoquer le son « ron », car dans cette croix il sera question de « rondeur ».

Sur cette première branche, quatre lieux y sont associés, les pierres rondes du Cugulhou (1 ) du couchant, la pierre ronde du Serbaïrou ( 6 ), la forme trois fois arrondie du petit cromleck qui commence et finit au Cercle ( 4 ) de forme ronde et enfin le Roucats ( 5 ) ou plutôt doit-on dire le Ronghcast ..

Passons à l’autre branche, ici il sera question de trou, c’est-à-dire de petit cercle, qui comme tout le monde le sait, possède une forme ronde. Il faut relire la page 246 quand l’abbé définit le Cercle pour comprendre comment il relie le petit cercle avec le grand.

Une nouvelle fois, tout est dans la phonétique. Ainsi hole et hall se prononcent de la même façon. Simplement la traduction choisie dépendra de la fonction première du lieu. Si le but est d’évoquer la forme carrée ce sera hall, sinon pour la forme arrondie ce sera hole .

Voyons ce que Sadler nous apprend sur le mot hole :

HOLE, [hôle] s. trou, m.; creux, m.flache, f. caverne, f.: petit logement.

Pour ce qui est de la définition de hall, elle ne fait pas référence à une habitation ou à une maison qui ne sont en fait qu’une interprétation faite par l’abbé, de la définition que l’on trouve dans le Sadler et qui est la suivante :.

HALL, s. salle, f.; salle d’assemblée ; vestibule, m. palais, m.- Town hall, hôtel de ville , m.-Common hall, conseil municipal.

J’en profite pour vous donner d’autres définitions que l’abbé utilise dans son livre et qui sont en relation avec notre propos, car elles contiennent le son [hôle]. La première est un synonyme de « hole », la deuxième un dérivé du mot, enfin les troisième et dernière sont des homonymes:

HOLLOW, s. creux, m. fosse, f. trou, m. cavité, f. passage, m. canal, m.

HOLY, -adj. saint ,pieux , religieux, pur , Holy water , eau bénite.-,holy Thursday, l’Ascension, f. The holy writ, la sainte Écriture.

To HALLOO, va. et m. exciter les chiens par des cris, encourager par des cris ; appeler quelqu’un en criant.

To HALLOW, va. Consacrer, sanctifier, bénir.

Mais n’oublions pas une définition du Sadler où il est question de « tuile », et qui fait le lien entre les mots hall et hole :

lMBRICÉE, adj . F .hallow.-Une tuile imbricée , a gutter tile, a hollowed tile.

L’ancien mot « imbricée » qui veut dire en fait « imbriquée » c’est-à-dire « emboîtée », a pour racine le mot -brique- qui un mot-relais utilisé par l’abbé. Dans le dictionnaire universel de la langue Francaise de Gattel en 1827 on trouve :

IMBRICÉE, adj. fém. Une tuile imbricée, une tuile concave, creuse.

Donc Hole et Hall sont bien deux logements ayant la même prononciation, le premier est petit et l’autre est plus grand. C’est aussi une caverne, nous en reparlerons. Enfin c’est un creux, un trou comme celui que l’on trouve dans la pierre du même nom et qui se trouve sur notre trajectoire. Nous allons pouvoir descendre le long de cette deuxième branche et constater :

Scarrajols ( 7 ): page 291, Hall en lien avec la page 87 ( les constructions des Numides de la campagne, oblongues et couvertes de briques arquées (tuiles à canal) sont appelées par eux mapalia.)

Rajole ( 7 ): page 290– hole, petit logement – , qui désigne aujourd’hui la brique.

Siala ( 9 ) qui fait partie du Roucats ( 5 ) : page 292 , – to see (si), voir,hall, maison –

Après le Roucats c’est-à-dire après le centre du cromleck que nous avons déjà étudié, il y a les deux roulers , deux grosses pierres rondes ( en fait une seule roche tremblante comme cela est expliqué dans le rapport de la SESA, mais nous y reviendrons dans le prochain chapitre ), et enfin le territoire de l’homme mort où se trouve la pierre au trou . Cette dernière est polie, émoussée à la différence du silex taillé que nous avions trouvé dans le tracé de la croix de Dieu. Nous sommes sur un terrain tout près du Lieu et c’est pour cela que les croix s’y rejoignent.

Enfin il y a au bout de cette branche LavalDieu où se trouve le Lieu, sous l’aspect de la kaïrolo ( page 166 et 295 ) dont la définition contient le mot Hole.

La kaïrolo, comme les Cugulhous et le Fangallots ont une particularité, celle d’être définie deux fois dans le livre. La raison est que chacun de ces lieux appartiennent à deux tracés et c’est de cette façon que l’abbé nous le fait comprendre.

Le Cugulhou du couchant se retrouve sur « la croix de Dieu » et la « croix du petit cromleck ».

Le Fangallots, mot qui se termine par un « s » car il fait référence à deux tracés, est le point d’intersection de la « croix de Dieu » et la « croix des sommets ».

La kaïrolo se trouve sur le Lieu à LavalDieu mais aussi sur son lieu symétrique, le long de la diagonale du carré, au niveau de la Salasse ( page 295 ). Nous l’expliquerons dans un autre chapitre.

Nous venons de décrire une branche possédant aux extrémités des grosses pierres rondes, même si l’on y trouve aussi sur le parcours un petit trou ( Gléizole :Hall ), puis une branche formée par l’alignement de plusieurs petits trous , même si on y trouve une forme ronde plus grosse évoquée par la forme d’une meule dont le rôle est de moudre le blé, qui sera utilisé pour fabriquer un pain ( au-dessous de Borde-Neuve où il est question d’une meule légèrement concave ).

Mais d’autres mots-relais vont mettre en relation ces deux branches dont un particulier…

* Le mot -mouss-

Ce mot relais n’est présent que trois fois dans tout le livre. Il y a :

* la pierre polie ( page 256 ) toujours émoussée présente sur le terrain de l’homme mort ( 11 )

* les petites croix ( page 293 ) couvertes de mousse présentes au roucats (5 ).

* le petit menhir ( page 237 ) qui dresse sa pointe émoussée près des roulers ( 10 ).

En fait « émoussé » veut aussi dire aussi ébauché ,mal taillé ou taillé grossièrement, polie ou arrondie. On retrouve sur certaines pages, des associations de mots qui permettent de le vérifier :

page 258

ébauche la plus grossière jusqu’à l’arme parfaitement polie

page 293

Le Roucats, – (to ronghcast), ébaucher –, que nous avons cité en parlant du Siala, s’étend jusqu’à la rive droite de la Sals, est rempli de ménirs ébauchés

page 19 :

to Roughcast (reuffcast), tailler grossièrement.

En fait la « croix du petit cromleck » est une croix mal taillée. Elle passe par l’homme-mort, le roucats et les roulers. Elle est en relation avec la « croix de Dieu » taillée correctement, mais aussi avec les pierres levées liées à la résurrection comme nous le découvrirons dans un autre chapitre.

* Une très grande croix…la plus grande de toutes ( page 245 )

Vous allez pouvoir vérifier que cette croix passe par tous les lieux cités.

La branche qui passe par Alet et Bugarach.

En page 241, en note de bas de page, l’abbé explique que le fragment de meule trouvé sous Borde-Neuve est maintenant à Alet. De la même façon qu’en page 234, la tête du Sauveur enlevé de l’extrémité du menhir ( émoussé car ayant perdu son extrémité ..) se trouve aussi à Alet.

Cette ville concerne une erreur réalisée au niveau du sommaire présent à la fin du livre. Au lieu d’indiquer la page 249 du sous-chapitre III, l’abbé la remplace par la page 24 ( relative à Aleth ). Nous verrons que dans « la scène bretonne », Aleth figure le Lieu. Cette erreur met aussi en évidence le sous-chapitre relatif aux sacrifices tellement important aux yeux de l’abbé.

C’est en page 245, après avoir parlé de la plus grande des croix qu’il cite le village de Bugarach juste avant de décrire la grosse pierre en forme de pain. Il le fait aussi en page 293 quand il décrit le Roucats. Enfin la troisième et dernière fois, c’est en page 237 quand il explique qu’un menhir fut émoussé, car comme il le dit dans une périphrase, il a perdu l’acuité de son sommet.

La branche qui passe par Quillan et juste au Nord de Mouthoumet

Je vous invite à relire la page dont voici un extrait :

Page 221

…en effet, Roucafort équivaut au celtique roughcast forth, tailler grossièrement à l’extérieur. Les arbres, dépouillés de leur écorce et de leurs branches, étaient traînés jusqu’à l’Aude, dont les eaux les amenait à Quillan et à Espéraza.

Voici une allusion très claire au roucats, avec la même définition, mais ce n’est pas tout.

L’Aude passe par Quillan que l’abbé connaît bien pour y être né. Il sait qu’entre 1790 et 1794, la commune de Laval a fusionné avec la commune de Quillan et qu’à l’époque où il écrit son livre, Laval est devenu un hameau rattaché à Quillan.

Enfin juste au Nord de Mouthoumet un ruisseau prend sa source, il se nomme Laval et se jette plus loin dans l’Orbieux, qui lui-même se jette dans l’Aude. De Laval à Laval, ce tracé passe par Laval-Dieu

* Les deux images

Vous comprenez maintenant pourquoi l’abbé a inséré ces deux images ensembles, dans la partie qui concerne le petit cromleck. C’est tout simplement parce qu’elles font partie du même tracé , celui d’une croix dont chaque branche est représentée par une image. Chacune a une fonction, les roulers ( symétriques à son église par rapport au cercle, centre de symétrie du carré ) sont symboliques, alors que « la pierre levée » permet de localiser précisément le Lieu.

* En résumé

C’est à l’aide d’une forme ronde que l’abbé a codé cette fois-ci une croix. C’est la « croix du petit cromleck » c’est-à-dire du petit rond dans le grand rond, et c’est donc très logiquement qu’il a utilisé cette métaphore. Il n’en a pas moins oublié les mots-relais car c’est avec -hole- qu’il construit la branche principale passant par le Lieu, et c’est avec -émousser- qu’il fait le lien avec les deux branches.

Dans ce cas particulier, cette croix est en relation avec « la croix de Dieu » car elle est taillée mais grossièrement. Elle est aussi la croix qui nous parle d’un pain rond et des dolmens, c’est-à-dire des monuments qui représentent la distribution du pain et du blé. On peut facilement comprendre le symbole ici proposé par un prêtre : c’est « la croix de l’Hostie », le pain de messe qui représente le corps du Christ. Enfin elle indique la nature du lieu recherché, une caverne, une cavité, une grotte donc un lieu situé sous la terre.

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